‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 171 sur 547 · A PROPOS DU DISCOURS PRELIMINAIRE DE L'ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

A PROPOS DU DISCOURS PRELIMINAIRE DE L'ENCYCLOPÉDIE

A MADAME LA MARQUISE OD DeFFAMD*.

Pans, 22 décembre 1752.

Votre lettre m'a fait d'autant plus de plaisir, qu'elle me fait croire que vous vous portez mieux. 11 fallait en vérité être bien malade, pour ne pas s'ennuyer à la vie que vous meniez depuis neuf mois", et je commence à croire que vous ne l'êtes plus, puisque cette vie commence à vous déplaire. Vous parlez de votre état passé avec un effroi qui me divertit; je me flatte qu'au moins cet effroi servira à ne vous y pas replonger. Au reste vous faites très-bien de ne vous en pas vanter, quoiqu'au fond vous n'ayez rien fait que de très-raisonnable. Vous vous déplaisiez à Paris; vous avez cru que vous vous trouveriez mieu.x à Chamron, vous y avez été : cela est naturel; vous vous êtes ennuyée à Chamron, vous avez essayé de Màcon, vous ne vous en trouvez guère mieux; vous brûlez de i*evoir Paris : cela est naturel (voilà la confession de Mlle de Glermont). En vérité il vous est très-aisé, même en dînant, de mener à Paris une vie agréable : je vous y verrai le plus souvent qu'il me sera possible, mais je n'irai guère dîner avec vous que

1. Dalembert fut très lié avec elle ne dit que ces mots : « Si cela

M- du Deiïand, jusqu'au moment était arrivé douze ans plus tôt, je

i:ù M"» de Lcspiiiassc se scj)ara n'aurais pas perdu Dalfimliert. »

/.'elle (17W). Ce fut lui surtout 2. Elle srjouniuil au château de

luelle regretta dans celle rupture, Chamrond, où probablement elle

ri quand M'" de Lespinasse mourut, était née.

quand vous ne craindrez pas que je vous ennuie tête à tête, car je suis devenu cent fois plus amoureux de la retraite el de la solitude que je ne l'étais quand vous avez quitté Pans Je dîne et soupe chez moi tous les jours, ou presque tous tes jours, et je me trouve très bien de cette manière do vivre. Je vous verrai donc quand vous n'aurez personne, el aux heures où je pourrai espérer de vous trouver seule; dans d'autres temps, j'y rencontrerais votre président*, qui m'embarrasserait, parce qu'il croirait avoir des reproches à me faire, que je ne crois point en mériter, et que je ne veux pas être dans le cas de le désobliger, en me justifiant auprès de lui. Ce que vous me demandez pour lui est impossible, et je puis vous assurer qu'il est bien impossible, puisque je ne fais pas cela pour vous. En premier lieu, le Discours préliminaire* est imprimé, il y a plus de six semaines : ainsi je ne pourrais pas l'y fourrer aujourd'hui, même quand je le voudrais. En second lieu, pensez-vous de bonae foi, madame, que dans un ouvrage destiné à célébrer les grands génies de la nation et les ouvrages qui ont véritablement contribué aux progrès des lettres et des sciences, je doive parler de V Abrégé chronologique^ c'est un ouvrage utile, j'en conviens, et assez commode; mais voilà tout en vérité : c'est là ce que les gens de lettres en pensent, c'est là ce qu'on en dira quand le président ne sera plus : et quand je ne serai plus, je suis jaloux qu'on ne me reproche pas d'avoir donné d'éloges excessifs à personne. Si vous prenez la peine de relire mon Discours préliminaire, vous y verrez que je n'y ai loué Fontenelle que sur la méthode, la

1. Le Président Hénault (1685- 1770), auteur d'un Nouvel abrég'é chronologique de L'Histoire de France, qui parut en 17ii. Il lit aussi un essai curieux île drame historique en prose : François II, roi de France (1747). Esprit médiocre cl !)oli, il lut le plus intime ami de M"» du Dciïand.

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