‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 205 sur 547 · D établir un théâtre à Genève- 5> Chei Voltaire · texte numérisé non relu

D établir un théâtre à Genève- 5> Chei Voltaire

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

A f égard des cercles*, je convions de leur abus, et j€ ïi'cn doutais pas; c'est le sort des choses humaines : mais je crois qu'aux cercles détruits succéderont de plus grands ihus encore. Vous faites une distinction très judicieuse sur l;i différence des républiques grecques à la nôtre, par rapport à l'éducation publique : mais cela. n'empêche pas que cette éducation ne puisse avoir iieu parmi nous, et qu'elle ne l'ait même [)ar la seule force des choses, soit qu'on le veuille, soit qu'on ne le veuille pas. Considérez qu'il y a une grande dilférence entre nos artisans et ceux des autres pays. Un horloger de Genève est un homme à présenter partout; un horloger de Paris n'est bon qu'à parler de montres*. L'éducation d'un ouvrier tend à former ses doigts, rien de plus. Cependant le citoyen reste. Bien ou mal, la tête et le cœur se forment; on trouve toujours du temps pour cela, et voilà à quoi l'institution doit pourvoir. Ici, monsieur, j'ai sur vous, dans le particulier, l'avantage que vous avez sur moi dans les observations générales : cet état (les artisans est le mien, celui dans lequel je suis né, dans lequel j'aurais dû vivre, et que je n'ai quitté que pour mon malheur. J'y ai reçu cette éducation publique, non par une institution formelle, mais par des traditions et des maximes ((ui, se transmettant d'àf:e en âge, donnaient de bonne heure à la jeunesse les lumières qui lui conviennent et les sentiments qu'elle doit avoir. A douze ans, j'étais un Romain ; à vingt, j'avais couru le monde, et n'étais plus qu'un polisson. Les temps sont changés, je ne l'ignore pas; mais c'est une injustice de rejeter sur les artisans la corruption publique; on sait trop que ce n'est pas par eux qu'elle a (ommencé. Partout le riche est toujours le premier cor-

i. Voyez la leltre i DaLembcrt (^er-^ .1 iin),oùJ.-J. Rousseau prend vivement la défense des cercles :

« De toutes les sortes de liaisons qui jieuvent rassembler des particuliers dans une ville comme la oou-e, les cercles forment sana con-

tredit la pluâ raisonnable, la plus lionuôte et la moins dangereuse, parce qu'elle ne veut ni ne peut 59 cacher, qu'elle est publique, permise et que l'onlre et la règle f régnent. »

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