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délicatesse des arbustes qui m'environnaient. Tétonnante variété des herbes et des fleurs que je foulais sous mes piedi tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'aduïiration : le concours de tant d'objett intéressans qui se disputaient mon attention, m'att.irant ;ins cesse de l'un à l'autre, favorisait mon humeur rêveuse et paresseuse, et me faisait souvent redire en moi-même : .Non, Salomondans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux.
Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte la terre ;iinsi parée. Je la peuplais bientôt d'êtres selon mon cœur, et, chassant bien loin l'opinion, les préjugés, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter. Je m'en formais une société charmante dont je ne me sentais pas indigne, je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie; et, remplissant ces beaux joufs de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur pouvait désirer encore, je m'attendrissais jusqu'aux larmes sur les vrais plaisirs de l'humanité, plaisirs si délicieux, si purs, et qui sont désormais si loin des hommes. Oh! si dans ces momens quelque idée de Paris, de mon siècle, et de ma petite gloriole d'auteur, venait troubler mes rêveries, avec quel dédain je la chassais à l'instant, pour me livrer, sans distraction, aux sentimens exquis dont mon âme était pleine! Cependant au milieu de tout cela, je l'avoue, le néant de mes chimères venait quelquefois la contrister toutà-coup. Quand tous mes rêves se seraient tournés en réalités, ils ne m'auraient pas suffi; j'aurais imaginé, rêvé, aésiré encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain élancement de cœur vers une autre sorte de jouissance dont je n'avais pas d'idée, et dont pourtant je sentei? le besoin. Hé bien ! monsieur, cela même était jouissance, puisque j'en étais pénétré d'un sentiment très-vif, et d'une tristesse attirante, que je n'aurais pas voulu ne pas avoir.
Bientôt de la surface de la terre j'élevais raes idées à tous
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les êtres de la nature, au syslèine iiiiiversel dos choses,' l'être incompréhensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit perdu dans cette immensité, je ne philosophais pas; je me sentais, avec une sorte ,de volupté, accablé du poids de cet univers; je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées, j'aimais à me perdre en imagination dans l'espace; mon cœur resserré dans \o bornes des êtres s'y trouvait trop à l'étroit; j'étoulfais dam l'univers; j'aurais voulu m'élancer dans l'infmi. Je croi= que si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je mî serais senti dans une situation moins délicieuse que cette étourdissante extase à laquelle mon esprit se livrait sauj retenue, et qui, dans l'agitation de mes transports, me faisait écrier (juelquefois : 0 grand Être! 0 grand Être, sans pouvoir dire ni penser rien de plus.
Ainsi s'écoulaient dans un délire continuel les journées les plus charmantes que jamais créature humaine ait passées; et, quand le coucher du soleil me faisait songer à la retraite, étonné de la rapidité du temps, je croyais n'avoir pas assez mis à profit ma journée, je pensais en pouvoir jouir davantage encore ; et, pour réparer le temps perdu, je me disais : je reviendrai demain.
Je revenais à petits pas, la tête un peu fatiguée, mais le cœur content; je me reposais agréablement au retour, en me Uvrant à l'impression des objets; mais sans penser, sans imaginer, sans rien faire autre chose que sentir le caime et le bonheur de ma situation. Je trouvais mon couvert mis sur ma terrasse. Je soupais de grand appétit dans mon petit domestique; nulle image de servi lude et de dépendance ne troublait la bienveillance qui nous unissait tous. Mon chien lui-même était mon ami, non mon esclave; nous avions toujours la même volonté, mais jamais il ne m'a obéi. Ma gaieté durant toute la soirée témoignait que j'avais vécu seul tout le jour ; j''5!tais bien difTérent quand j'avais vu de la compaj^nie, j'élnis rarement roulent des autres, et jamais de moi. Le sojr, j'élais grondeur et taciturne : cette remarque est de ma gonvoinanto, el dopuis
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qu'elle me l'a liite. je l'ai toujours trouvée juste eu m'obsorvaut. Entiu, après avoir fait eucore quel<|ues tours dans mon jardin, ou chanté quelque air sur mon épinette,j(^ trouvais dans mon lit un repos de corps et d'âme cent lois plus doux que le sommeil même.
(^' soiil là les jours qui ont fait le vrai bonheur de ma vie; bonheur sans amertume, sans ennuis, sans regrets, et auquel j'aurais borné volontiers tout celui de mon existence. Oui, monsieur, que de pareils jours remphssent pour moi l'éternité, je n'en demande point d'autres, et n'imagine pas que je sois beaucoup moins heureux, dans ces ravissantes contemplations, que les intelligences célestes. Mais un corps qui souffre ôte à l'esprit sa liberté, désormais je ne suis plus seul, j'ai un hôte qui m'importune, il faut m'en délivrer pour être à moi; et l'essai que j'ai fait de ces douces jouissances ne sert plus qu'à me faire attendre avec moins d'effroi le moment de les goûter sans distraction.