Rousseau 3\mà'a et iis.til Ustrée
i. Dans Virgilfi (Egl. III, v. lOi) « Die quibus ift terris, et cris mihi «lagnus Apollo, [| Très jialeal c«Ii
spalium non ampliu;; uiiias. » Le mol (le I eiiif-me est un puih.
3. Village voisin de Montmorency dont Ariiauld, père du nian|uis de roin|ioaiie, tira son nom.
5C0 LETTRES DU DlX-HUlTlEME SIÈCLE.
découvert. Ces réduits, ces petits vallons, ne s'aperçoivent pas lant qu'on legarde au loin les monlagnes, et cela joint à l'agrcment du lieu celui de la surprise, lorsqu'on vient tout d'un coup à les découvrir. Combien de fois je me suis figuré, vous suivant à la promenade et tournant autour d'un roclier aride, vous voir surpris et charmé de retrouver des bosquets pour les dryades, où vous n'auriez cru trouver que des antres et des ours !
On peut vivre ici, puisqu'il y a des habitans. On y trouve même les principales commodités de la vie, quoique un peu moins facilement qu'en France. Les denrées y sont chères, parce que le pays en produit peu et qu'il est fort peuplé, surtout depuis qu'on y a étabh des manufactures de toile peinte, et que les travaux d'horlogerie et de dentelles s'y muitipUenl. Pour y avoir du pain mang».able, il faut le faire chez soi ; et c'est le parti que j'ai pris à l'aide de Mlle Le Vasseur; la viande y est mauvaise, non que le pays n'en produise de bonne, mais tout le bœuf va à Genève et à Neufchâtel, et l'on ne tue ici que de la vache. La rivière fournit d'excellente truite, mais si délicate qu'il faut la manger sortant de l'eau. Le vin vient de Neufchâtel, et il est très bon, surtout le rouge : pour moi je m'en tiens au blanc, bien moins violent, à meilleur marché, et selon moi beaucoup plus sain. Point de volaille, peu de gibier, point de fruit, pas même de pommes; seulement des fraises bien parfumées en abondance, et qui durent longtemps. Le laitage y est excellent, moins pourtant que le fromage de Viry, préparé par Mlle Rose; les eaux y sont claires et légères : ce n'est pas pour moi une chose indifférente que de bonne eau, et je me sentirai longtemps du mal que m'a fait celle de Montmorency. J'ai sous mes fenêtres une très belle fontaine, dont le bruit fait une de mes déhces. Ces fontaines, qui sont élevées et taillées en colonnes ou en obélisques, et coulent par des tuyaux de fer dans de grands bassins, sont un des ornemens de la Suisse. Il n'y a si chélif village qui tt'en ait au moins deux ou trois; les maisons écartées ont presque chacune la sienne, .et l'on en trouve même sur les
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
chemins pour la commodité des passans, hommes et bestiaux. Je ne saurais exprimer couibien l'aspect de toutes ces belles eaux coulantes est agréable au milieu des rochers et des bois durant les chaleurs; l'on est déjà rafraîchi par la vue et Ton est tenté d'en boire sans avoir soif.
Voilà, monsieur le maréchal, de quoi vous former quelque idée du séjour que j'habite, et auquel vous voulez bien prendre intérêt. Je dois l'aimer comme le seul lieu de la terre où la vérité ne soit pas un crime, ni l'amour du genre humain une impiété. J'y trouve la sûreté sous la protection de milord maréchal ', et l'agrément dans son commerce. Lei habilans du Heu m'y montrent de la bienveillance, et ne me traitent point en proscrit». Comment pourrais-je n'être pas touché des bontés qu'on m'y témoigne, moi qui dois tenir à bienfait de la part des hommes tout le mal qu'ils ne me font pas? Accoutumé à porter depuis si longtemps les pesantes chaînes de la nécessité, je passerais ici sans regret le reste de ma vie, si j'y pouvais voir quelquefois ceux qui me la font encore aimer.