UN COLLABORATEUR DE BUFFON
A l'abbC Bexon*.
Montbard, le 24 décembre 1779.
Voilà le cormoran que je vous envoie, mon très cher monsieur, avec les premières corrections, car j'en ai fait déplus grandes sur la seconde copie; mais en tout il est bien, et il n'a pas laissé de vous coûter beaucoup de temps pour les recherches.
Je vous ai dit par ma dernière lettre que je m'étais fort occupé à relire tous nos articles du huitième volume. Je
1, Pendant quarante ans, a Montbard, BufTon se leva h cinq houres du matin. Il se rendait à son cabinet de travail, et dictait jusqu'à neuf heures. A neuf heures, il dé- ■cunait et se faisait raser et coiffer. A neuf heures et demie il se remettait au travail jusqu'à deux heures.
A deux heures, diner. A Paris, il fallait bien faire fléchir un peu la rr.gle; les affaires et la société lui disputaient son temps : aussi y vint-il de moins en moins, et il
passait la plus grande partie de l'année à Montbard.
2. L'abbé Bexon (1748-1781) avait la plus grande admiration pour le génie de Buffon. Il en»ra en relations avec Buffon en 1772, et devint son collaborateur dévoué et patient.
Il n'imitait pas le style du maitre avec la même perfection que Gueneau de Moutbcillard : cepend;tiit il a rédigé quelques morceaux célèbres, comme le Cygne dont il est question dans cette lettre.
compte que tout ce qui est fait, jusques et compris le cormoran, fera au moins trois cent trente pages d'impression; à quoi ajoutant quarante pages, tant pour la table des matières que pour celle des chapitres, cela fait déjà trois cent soixante-dix pages pour ce volume, qui, d'ailleurs, con^ tiendra vingt-neuf planches. Il ne nous faut donc plus qu'environ deux cents ou deux cent vingt pages au plus pour achever ce huitième volume; et voici l'ordre dans lequel je désirerais que vous eussiez la bonté d'en préparer le travail.
Après le cormoran, nous pouvons placer les fous et les frégates, dont il y a sept espèces dans Brisson*; les paillecn-cul ou oiseaux des tropiques, trois espèces; l'anhinga, une espèce; le bec-en-ciseaux, une espèce; les hirondelles de mer, sept espèces ; et enfin les goélands et les mouettes, quinze espèces, avec les plongeons, six espèces. J'imagine que ces articles sont suffisans pour achever ce huitième volume, et, s'ils excédaient les deux cent vingt pages, nous pourrions en ôter les plongeons.
Je fais cet arrangement dans la vue de commencer le neuvième volume par le bel article du cygne, en le continuant par les oies, les canards, souchets, morillons, sarcelles, etc., et de là passant aux pétrels, puffins, albatros, pingouins, etc., et finissant par le manchot, qui de tous les oiseaux l'est le moins. Vous me direz que ce restant d'oiseaux, que je destine à commencer le neuvième volume, n'en fera que le tiers ou peut-être le quart, c'est-à-dire cent cinquante ou deux cents pages; mais nous y joindrons les articles de supplémens, qui en feront au moins autant, et ensuite la correspondance des noms, qu'il faudra prendre en faisant le dépouillement de tout l'ouvrage, depuis le premier volume jusqu'au neuvième, ce qui, seul, fera plugj de cent pages, et cent trente y compris la table des matières,! en sorte que ce neuvième volume sera tout aussi gros que les autres.
1. Brisson (1723-1806),membre de | Ornithologieeniie^. —OoaeiHqm l'Académie dea sciences, publia son i tous cas oiseaai «nnuieat BuITob.
LE COMTE DE BUFFON
kïnfiî vous avez le temps de bien peigner votre beau cygne*, et je ne vous conseille pas de vous en ©ccuper, non plus que des oies, des canards et des autres oiseaui estropiés qui doivent entrer dans ce neuvième volume, et de vous attacher* actuellement à ceux qui doivent terminer le huitième.
M. de Monlbeillard» m*écrit aujourd'hui qu'il m'enverra dans huit jouï-s la table entièrement faite du sixième volume, et je vous la ferai passer tout de suite pour la remettre à l'Imprimerie royale, parce que je vois qu'ils sont bientôl au bout de leur copie, qui finit à l'article du cincle, et que la table du sixième volume doit être imprimée la première après cet article, qui fait la fin du septième volume. J'ai aussi beaucoup avancé la table de ce septième volume, parce que je la continue sur les épreuves à mesure qu'elles m'arrivent ; mais il faudrait m'envoyer incessamment sept bonnes feuilles qui me manquent, et qui doivent être actuellement tirées, depuis la page 560 jusqu'à la page 41 1». C'est la seule chose qui me manque pour que cette table puisse être complètement achevée.
Je vous assure, mon cher abbé, que quoique je n'aie pas, à beaucoup près, comme vous, la grande fatigue de ce travail, il me pèse néanmoins beaucoup, et que je désire autant que vous d'en être quitte, et de ne plus travailler sur des plumes*. Adieu, je vous embrasse, ainsi que vos bonnes et aimables dames*
BUPPON.
1. On voit que ce morceau bi admiré autrefois, n'est pas de Buiïon.
2. l'hrase incorrecte. 11 eiH fallu plus haut : et je vous conseille de ne pas vous en occuper....
3. Gueneau de Monlbcillard (1720- 1785) collabora à l'Histoire des oiseaux. 11 a fait notamment le paon, Vhirondelle, le rossignol, etc.
i. BufTon hait les détails. Il aime l< - grandes idées et les vastei
théories. Il s'est plaint ailleurs d« • ces tristes oiseaux d'eau dont on De sait que dire et dont la multitude est accablante. » Où il se sent le plus à l'aise, c'est dans les Époque» de la nature.
5. La mère et la steur de l'abbé Bt^xon. — Cette lettre, daus sa sécheresse, nous donne une idée bien nette des rapporta de BuiTofl avec ses collaborateurs.
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