‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 235 sur 547 · SUR SON STYLE · texte numérisé non relu

SUR SON STYLE

Au MIRQUIS OEL LoNGO*.

i9 janvier 1777.

Je vous remercie de votre indulgence pour mon style •, dont j'aurais honte si cette honte n'était bue dès longtemps ; je voudrais fort l'avoir moins méritée ; mais élevé dans un château de la montagne 3, moi qnatrièmt», par un précepteur à trente écus, jeté dans un régiment aux pattes de l'oisiveté à treize ans, je n'ai eu de maître qu'à vingttrois ans; excellent et patient Aristarque*, à la vérilé, le meilleur poète et l'un des meilleurs et plus sages écrivains de notre siècle; il ne put arrêter ma vivacité qui m'a

n'ont d'original que l'impudence, ont clé le magasin do toutes ces ]ihiIosO|iliicailleri(;s niodonies, ()iii ne méiitenl que Saint-Lazare ou Ohareiilon. »

1. Le marquis dol Longo fut proCrsseur d'économie politique et biliiiotliérairo de la lircva à Milan.

2 '. Mon style, lait en ccaillis d'Ituitres, écrit-il à la même pfi-sonne, e>t >i surcharj^é de diirérenluà cbuClies d'idées, qn'il aurait

besoin d'une ponctuation faite exprés pour le délirouiller. »

r>. \v, marquis se (jualifii' ailleurs:

« oiseau hagard dont le nid est entre (jualrc tourelles ».

'l. Le Fianc de l'ompignan (1709- 1784', <le six ans plus Sgé cpie le marquis. C.ei ennemi des pliilosophcs, lioiuiéte iionum; et lionimo de talent, qui l'ut parfois inspiré,

ginn'e coi

que par

les railleries de Voltaire,

«ntrainé; un cœur chaud, riche et germinant m'avait rendu familier le genre épistolaire. Ayant de l'oreille naturelle, j'aurais pu travailler ma prose, comme Boileau faisait ses vers: mais je ne m'en suis jamais soucié; et d'ailleurs, si Rousseau, par exemple, eût eu mes affaires, ma famille, mon état, il n'eût pu à sa manière travailler un seul volume; or, votre serviteur, indépendamment de c« qui verra le jour, qui est peut-être aussi nombreux que ce que vous connaissez, a cinquante volumes in-4* et douze in-folio au moins qui ne sont que des grifl'onnages*. L'abondance est le propre du prunier sauvage, je lésais; mais pourvu qu'il fasse de bonne boisson pour le peuple, ce serait dommage de l'ébrancher et l'enter pour qu'il donnât quatre ou cinq belles prunes pour la table des gourmets seulement»

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