‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 24 sur 547 · I. - SUR LA LANGUE ET LA LITTERATURE ALLEMANDES · texte numérisé non relu

I. - SUR LA LANGUE ET LA LITTERATURE ALLEMANDES

A MoNSiKUR Gottsched, professeur a Leipzio*.

Paris, 24 juillet 1728.

J'aurais eu beaucoup plus tôt, Monsieur, l'honneur de répondre à votre lettre, si on ne m'avait dit, en me la rendant, que vous seriez bien aise de savoir mon sentiment sur le plan que vous m'envoyez de votre Société allemande. Comme il est en allemand, que je n'entends point, il a fallu que j'aie attendu une traduction abrégée qu'on m'en a faite. Mais c'a été une peine fort inutile et un temps perdu, par rapport à ce que je croyais que vous attendiez de moi. Car, outre que votre société est déjà toute établie, et que vos règlemens sont très sensés et très bien entendus, il est impossible qu'un étranger comme moi juge en détail de ce qui peut vous convenir, ou de ce qui vous conviendrait le mieux. Je vois seulement en gros, que vous avez pour votre langue un zèle auquel je ne puis qu'applaudir. Il faut avouer que, nous autres Français, nous pourrions bien être trop prévenus en faveur de la nôtre, quoique la grande vogue qu'elle a dans toute l'Europe nous jistifie un peu. Nous avons l'avantage qu'on nous entend partout, et que nous

1. Christian Gotl5ched(170O-1766), 1 ture allemande, dont il sXYbrça de littérateur médiocre et pédant, a hâter le développement. 11 traduisit bien mérité ponrtant de la littéra- | quelaiiit* ouvrafes é» (•'onlenciie.

IIEILNAI'.I) DE FOiNTKNELLE. 27

n'entendons point les autres ; car notre ignorance en M sens-là devient une espèce de gloire. Par exemple, vous, Monsieur, vous savez très bien le français, vous l'écrivei très bien, et moi je ne sais pas un mot d'allemand. Cependant je ne crois pas que ce succès de notre langue vienne tant de quelque grande perfection réelle qu'elle ait pardessi'.s les autres, que de ce qu'on s'est fort applicjué à la cultiver, et de ce qu'on y a fait d'excellens livres en tout genre, qui ont forcé les étrangers à la savoir, surtout des ouvrages agréables. A ce compte, vous n'avez qu'à cultiver autant votre langue; et c'est, à ce qu'il me paraît, le dessein que votre Société a conclu avec beaucoup de raison. Je ne sais si l'allemand est pluidur que le français; car je me défie toujours un peu de cette dureté ou douceur prétendue; le chant pourrait peut-être en décider. Mais enfin ce plus de dnreté fût-il réel, il n'y aurait pas si grand mal, et vous en auriez plus de force dans les occasions où il en faut. Une chose plus considérable que j'entends reprocher à votre langue, quoique ce soit plutôt la faute des écrivains, c'est que vos phrases sont souvent extrêmement longues, que le tour en est fort embarrassé, le sens longtemps suspendu et confus. 11 est vrai que le grec et le latin ont assez souvent aussi ce« défauts, et même dans les bons auteurs; mais tout Grecs et Latins qu'ils sont, ils ont tort*. Le français serait bien de même si nous voulions; mais nous n'avons pas voulu, et c'est peut-être ce que nous avons fait de mieux. Que les ouvrages qui partiront de votre Société donnent l'exemple d'un meilleur arrangement dans les phrases, d'une plus grande clarté, etc. Ce sera un grand bien qu'elle procurera à votre langue. Je vous demande pardon. Monsieur, de tout ce verbiage inutile; je me suis trop laissé aller au plaisir de vous entretenir. Ma grande affaire ne doit être que de vous bien remercier, si je puis, de l'honneur que vous m'avez fait, 2n daignant" traduire les ouvrages de ma jeunesse. Je suis

i. Un recoanait là Fonteofeile, toujours «Dclin à biâmer les

bien fâché d'être privé du plaisir de les voir tels qu'ils se trouvent présentement au sortir de vos mains. Je vous rends très humbles grâces encore une fois de m'avoir fait connaître à une grande. nation, qui a produit beaucoup de grands hommes, et des génies du premier ordre, tel qu'était Leibniz, de votre ville de Leipzig.

HENRI-FRANÇOIS DAGUESSEAD

Yoici l'un des plus grands et des plus respectables magistrats de l'ancien régime. Quelques noms comme celui-là suffisent i l'honneur d'un corps. Jurisconsulte éminent, magistrat intègre, serviteur loyal de la monarchie, également éloigné de l'indépendance frondeuse et de la servilité du courtisan, janséniste et gallican sans intempérance, orateur solide et vigoureui, ami fervent des lettres, qui furent sa consolation dans l'exil, excellent humaniste et bon philosophe, il eut de plus toutes les vertus privées : père prudent et tendre, imposant le respect sans resserrer l'alTection, le meilleur aussi des maris et des amis. Indiirérent à la fortune, il n'estima dans le pouvoir que la facihté de se dévouer au bien public ; il supporta la disgi*èce et l'exil avec sérénité, sans avoir besoin même d'un effort pour vivre heureux dans sa terre de Fresnes, où il était relégué. Ses lettres, sérieuses ou badines, ont toujours un caractère de gravité paisible : le style en est excellent, sans éclat, sans rien qui surprenne ou qui transporte, mais sans que jamais rien aussi se fasse désirer ou regretter. C'est le style où peuvent atteindre tous ceux qui ne sont pas artistes ni écrivains de race. Outre l'intérêt que donnent à ces lettres les excellents conseils et les hautes moralités qu'elles renferment, elles contiennent d'utiles renseignements sur l'histoire ecclésiastique et parlementaire du iviii* siècle.

1. 0Euvre$compliUt,nb9n'M, l publiées par Rivas, Paris, IMS, t. XU. — Uttrei ittédittM, \ i vol. io-S.

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