Tiuffol avait i)révu les moyen
dont on se servirait pour lo reurcnverser.
Je dois observer à Votre Majesté que j'entre en piace dans une conjoncture fâcheuse, par les inquiétudes répandues sur les subsislaiices; inquiétudes fortifiées par la fermentation des esprits depuis quelques années, par la variation des principes des administrateurs*, par quelques opération» imprudentes, et surtout par une récolte qui paraît avoir été médiocre. Sur cette matière, comme sur beaucoup d'autres, je ne demande point à Votre Majesté d'adopter mes principes, sans les avoir examinés et discutés, soit par ellemême, soit par des personnes de confiance en sa présence, mais, quand elle en aura reconnu la justice et la nécessité, je la supplie d'en maintenir l'exécution avec fermeté, sans se laisser effrayer par des clameurs qu'il est absolument impossible d'éviter en cette matière, quelque système qu'on suive, quelque conduite qu'on tienne.
Voilà les points que Votre Majesté a bien voulu me permettre de lui rappeler. Elle n'oubliera pas qu'en recevant la place de contrôleur-général j'ai senti tout le prix de la confiance dont elle m'honore; j'ai senti qu'elle me confiait le bonheur de ses peuples, et, s'il m'est permis de le dire, le soin de faire aimer sa personne et son autorité. Mais en même temps j'ai senti tout le danger auquel je m'exposais. J'ai prévu que je serais seul à combattre contre les abus de tout genre, contre les efforts de ceux qui gagnent à ces abus; contre la foule des préjugés qui s'opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. J'aurai à lutter même contre Ja bonté naturelle, contre la générosité dt» Votre Majesté et des personnes qui lui sont les plus chères». Je serai craint, haï même de la plus grande partie delà cour, de tout ce qui sollicite des grâces. On m'imputera tous les refus; on me peindra comme un homme dur, parce que
1. Sur la liberté du commerce des grams. Quand l'édit parut, les ennemis des réformes de Turgot suscitèrent une disette et des émeutes |tti épouvantèrent le faible roi.
2. Le premier ministre Maurepa« fut des premiers à combattre Turgot, et il tourna contre lui les frères du roi et la reine. Louis XVI ae fut pu convaincu, maii il céda.
$42 LETTRES DU DIX-HUiîIÈME SiÊCLE.
j*îilirai représenté à Votre Majesté qu'elle ne doit pas enrichir rtiëtne ceux qu'elle aime, aux dépens de la subsistance de son peuplé. Ce peuple auquel je me serai sacrifié est si aisé à tromper, que peut-être j'encourrai sa haine par les mesures mêmes que je prendrai pour le défendre contre la vexation. Je serai calomnié, et peut-être avec assez de vraisemblance pour m'ôter la confiance de Votre Majesté. Je ne regretterai point de perdre une place à laquelle je ne m'étais jamais attendu. Je suis prêt à la remettre à Votre Majesté dès que je ne pourrai plus espérer de lui être utile; mais son estime, la réputation d'intégrité, la bienveillance publique qui ont déterminé son choix en ma faveur me sont plus chères que la vie, et je cours le risque de les perdre, même eh ne méritant à mes yeux aucun reproche.
Votre Majesté se souviendra que c'est sur la foi de ses promesses que je me charge d'un fardeau peut-être au-dessus de mes forces, que c'est à elle personnellement, à l'homme honnête, à l'homme juste et bon, plutôt qu'au roi, que je m'abandonne.
J'ose lui répéter ici ce qu'elle a bien voulu entendre et approuver. La bonté attendrissante avec laquelle elle a daigné presser mes mains dans les siennes, comme pour accepter mon dévouement, ne s'effacera jamais de mon souvenir. Elle soutiendra mon courage. Elle a pour jamais hé mon bonheur personnel avec les intérêts, la gloire et le bonheur de Votre Majesté.
C'est avec ces sentimens que je suis, Sire, etc....