‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 253 sur 547 · Cf. p. (wO · texte numérisé non relu

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MADEMOISELLE DE LESPINASSB. S6i

pides ou de fous; dans cette dernière classe sont tous les malheureux, et je n'y comprends point ceux deCharenton, car le genre de folie qui fait qu'on se croit le Père éternel vaut peut-être mieux que la sagesse et le bonheur.

Je vous envoie l'extrait d'une lettre écrite à l'ambassadeur de Suède * ; vous verrez avec quelle élégance les étrangers parlent français; croyez qu'il n'y a pas une virgule de changée. — Je lis un mauvais livre sur le théâtre •, où il y a une quantité de bonnes choses; je vous le garde. — Tout le monde' est à Fontainebleau, et j'en suis bien aise : j'écrirais souvent sur ma porte comme ce savant : Ceux qui viennent me voir me font honneur; ceux qui n'y viennent pas me font plaisir. — M. Marmontel me proposa samedi Je me lire un nouvel opéra-comique; il vint, il y avait douze personnes. Les voilà en cercle, et nrioi dans le dessein d'écouler le Vieux Garçon, c'est le titre de l'ouvrage. Le cominencement de la première scène me parut embrouillé, embarrassé. Savoz-vous ce que je fis, sans (jue ma volonté y eût la moindre part? C'est que je n'en onlondis pas un mot : mais cela est si exact, (|ue j'aurais été pendue, plutôt que de dire le nom d'un personnage, ni le sujet de la pièce, et je m'en lirai en disant la vérité : c'est que le temps m'avait paru bien court. Et, en effet, je fus réellement étoïmée (juand j'entendis pai'lor tout le monde. Eh bien, depuis qu'il m'est impossible d'accorder de l'altenlion à rien, j'aime les lectures à la folie; cela me laisse libre; au lieu que dans la conversation, malgré qu'on en ait, on est trop souvent rappelé par les autres. Ah! ce sont surtout les gens qui donnent des préférences qui sont assommans. Il y a deux hommes qui ont la bonté de faire assez de cas de moi, pour me dire à l'oreille ce qui me serait indifférent tout haut; il me faut vraiment de la vertu pour écouter et répondre. Mon ami, vous avez beau dire, je n'aime la conversation que lorsque c'est vous ou le chevalier de Chas

1. M. tie Oi'ulz, Tort n'patulu | t/ «^f'«'(//Vyi/6', jjar Mercier (Lu IJave daii> lo monde des pliilo'Oiihes. J r.7i).

t. Du Ihedtref (tu nouvel estai I 3. L« cuur y éuil.

teîlux * qui la faites. — A propos, il est bien content do moi : j'ai bien échauffé ses amis, et les choses sont si bien arrangées qu'il ne nous faut que !i mort d'un des quarante pour qu'il soit reçu à }'Académie. Cela est juste, sans doute, mais cela n'était pas âans difficulté ; l'intérêt, le p/aisir, le désir qu'il mettait à ce triomphé, m'ont animée. Mon Dieu! Fontenelle a raison : il y a des hochets pour tout âge ; il n'y a que le malheur qui soit vieux, et il n'y a que la passion qui soit raisonnable -. Mon ami, ce ne sont point là des paradoxes, pensez-y bien, et vous verrez que cela peut se soutenir. Bonsoir, il est temps de vous laisser respirer : je vous ai écrit sans m'arrêter. Les jours d'Opéra sont mes jours de retraite : j'y suis seule ^, je rentre chez moi, et ma porte est fermée. — M. d'Alembert a été voir Arlequin ; il aime mieux cela qu'Orphée. Tout le monde a raison, et je suis loin de critiquer les divers goûts. Tout est bon. Mais adieu donc; à demain.

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