‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 271 sur 547 · MONTAIGNE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE

A Monsieur Horace Walpole.

Paris, 27 octobre 1766.

Je suis bien sûre que vous vous accoutumerez à Montaigne*; on y trouve tout ce qu'on a jamais pensé, et nul style n'est aussi énergique : il n'enseigne rien, parce qu'il ne décide de rien ; c'est l'opposé du dogmatisme : il est vain, et tous les hommes ne le sont-ils pas? et ceux qui paraissent modestes ne sont-i^s pas doublement vains? Le je et le moi sont à chaque ligne, mais quelles sont les connaissances qu'on peut avoir, si ce n'est pas le je et le moil Allez, allez, mon tuteur, c'est le seul bon philosophe et le seul bon métaphysicien qu'il y ait jamais eu. Ce sont des rapsodies, si vous voulez, des contradictions perpétuelles; mais il n'établit aucun système; il cherche, il observe, il reste dans le doute ; il n'est utile à rien, j'en conviens, mais il détache de toute opinion, et détruit la présomption du savoir.

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