I — LA JOURNEE DE MADAME DE CHOISEUL
A Madame dv Dekfakd.
A Versailles, ce... décembre 1762.
Faites-moi grâce, ma chère enfant, des gens de Versailles; il y a, comme vous dites fort bien, cin(| mois que j'y suis; j'y croirais être encore. Pourquoi ne me parlezvous pas du président*? Il y a mille ans que je ne l'ai vu, il m'abandonne tout à fait; je serai bien aise d'avoir l'occasion de le lui reprocher; d'ailleurs qu'avez-vous besoin de tant de monde? Vous pouvez craindre d'être seule avec moi, mais je ne crains pas de l'être avec vous. Plus vous aurez de monde, plus je serai distraite du plaisir de vous voir; on me distrait à présent du plaisir de vous écrire et l'on me désespère. Je viens de m'arracher de mon lit pour achever une frisure commencée d'hier; quatre pesantes mains accablent ma pauvre tète. Ce n'est pas le pire pour elle ; j'entends résonner à mes oreilles, le fer, les papillotes; il est trop chaud.... Uuel ajustement madame mettral-elle donc aujourd'hui? Cela va avec telle robe.... Angélique, faites donc le loquet; Marianne, apprêtez le panier (vous entendez bien que c'est la suprême Tinlin qui ordonne ainsi). Elle a beaucoup de peine à nettoyer ma montre avec un vieux gant, elle me fait voir que le fond en est toujours noir. Ce n'est pas tout. Un militaire pérore de l'expulsion des jésuites'; deux médecins parlent, je crois.