I. — DIPLOMATIE MILITAIRE
Au COMTB DB KiCNITZ*.
àu quartier général de Laeken, sous Bruxelles, le li février 1746' Monsieur,
J'ai reçu ki lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire hier, et assurément la proposition que Votre K^ccellcnce me fait, serait acceptable dans d'autres occasions. Je connais les égards qu'on doit à une nombreuse et brave garnison, et je serais approuvé de lui accorder tous les honneurs de la guerre; mais Bruxelles» n'est point une place tenable; il ne serait pas possible d'assembler d'armée
1. Le, corale, plus tard prince de Kaiinilr (1711-1794), était gouvernRiir des Pays-Bas. Il fui ensuite aniliassadeur en France et conclut r'alliance de la France et de l'Autriche qui amena la fuerre de Sept
2. L'annés précédente avait été marquée par la victoire de Fontenoy. Au début de la campagne (le 17iG, le maréchal de Saxe surprit Bruxelles, et y fit prisonnier* une nombreuse garnison.
les circonstances y dirent ; 3. Où iT n'y avait nulle fortifio»- |ir>ut-/'>lr(' pi«a que ion habileté. | tion, et qui n'était jamais délamlus
LE MAIlfXIlAL HE SAXE. 37
pour vpnir h son sprours, sans connr risque d'une destruction tolalc; ancmis moyens ne me manquent; je puis ks ;uiirnienler en artilleri»! et en loul, autant que je le veux : si, il ne me faut qu'un peu de temps et quelques préilions, pour vous faire demander des conditions houles, quoique un peu dures.
Mon intention n'est point de faire de Bruxelles une place Lfuerre, et ces grandes villes, qui font l'ornement d'un pays, devraient toutes être traitées sur le pied où s'est mis Milan. Vous avez fait la faute d'y mettre une grande ganii- II, il est juste (jue nous en orofitions, enverrai cependant un courrier sur-le-champ à la cour, pour savoir ses ordres ; je crains seulement nos propres troupes : elles sentent leur supériorité, et jusques aux soldats connaissent des défauts à cette grande ville, (|ue j'ignorais, et que, pnul-èlre, Votre Excellence ignore ellemême; je crains donc (jue, dans une attaque un peu vive, ils ne forcent de toutes parts leurs officiers à marcher, et lors(juej-3 les saurai une fois dedans, il f-aiîdra bien que j'aille .1 leur secours. Jugez, Monsieur, du désordre et de la coniusion d'une telle circonstance ; il me serait triste que ma vie fût marquée par une époque telle que l'est celle de la destruction d'une capitale.
Votre Excellence ne saurait croire jusques où le seldat français pousse l'industrie et la hardiesse: >ai vu plusieurs fois, à la reddition des villes, pendant qu'on réglait les points de la capitulation, toute la ville se remplir de soldats sans savoir par où ils y étaient entrés. A IMiilipsbourg' cela nous est arrivé : cependant les otages en sortaient et entraient par un seul petit bateau. A Ypres', qui assivémenl est une place avec de hauts remparts, couverts d'ouvrages et de bons fossés, tous les postes étaient garnis de troupes hollandaises ; je fus voir M. le prince de liesse, que je connais depuis longues années; pendant que j'étais chez lui, toute la ville se remplit de soldats français, sans qu'on ait su