‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 299 sur 547 · Duclos vivait dans le commerce des grands · texte numérisé non relu

Duclos vivait dans le commerce des grands

gens de lettres ont bien du plaisir ; il a raison ! » Mon cher baron, je vous avoue que, dans bien des occasions, je suisk comme l'abbé le Beuf, je n'atteins pas ce qui est trop fin, et je vois souvent louche où les autres voient clair. Mais je me sais bon gré d'une chose, c'est que je laisse là tout ce que je ne comprends pas, à moins que ce ne soit du phénicien*. Si l'on n'avait pas dit qu'il ne faut pas disputer des goûts, je crois que je l'aurais dit. Mais j'aurais ajouté qu'il ne faut pas disputer des faits, parce qu'il vaut mieux les éclaircir, ni des jugemens, parce que chacun juge comme il voit, ni de rien, parce que rien au monde ne mérite qu'on en dispute, à moins qu'on ne trouve du plaisir à disputer, et, dans ce cas, on peut disputer de tout. Mais, mon cher baron, je bâille en vous écrivant tout ceci, et je pense que vous faites autant en le lisant. Effaçons vite cette impression. La grand'maman vous fait mille complimens; Gatti*, tant que vous en voudrez. La présidente a souri tendrement à votre souvenir. M. de Gastellane et M. de Thiers» sont partis ce matin, M. de Sarcofleld d'hier. Nous restons avec nous, nous parlons de la petite fille et de vous. Chanteloup est toujours aimable. Adieu.

a. — UNE CHASSE A CHANTELOUP.

À Madame do Deffamo.

Chanteloup, ce 7 juin 1770.

Hier nous fûmes à la chasse. Rien de si beau que ce spectacle. Nous avions à notre tète M. de Perceval, capi taine des chasses, qui a été longtemps de celles du roi en qualité de garde du corps. Il avait un petit surtout de taffetas, couleur de rose, et un grand cheval qui de temps en

1. Barthélémy a fait de belles 2. Le florentin GaUi était un ce-

études sur l'alphabet phénicien : lèhre médecin, grand partisan d«

Réflexions sur quelques monu^ l'inoculation. mens phéniciens et sur les alpha- 5.M. Crozat de Thiers, oncle de

bets gui en résuUtnt (1750, in-8). M** de Ghoiseul.

L'ABBE BARTHÉLÉMY. ill

temps s'arrêtait et tournait quatre à cinq fois sur lui-même. Après venait le lieutenant des chasses, qui avait !a voix et la figure d'un petit docteur que j'ai vu à la Comédie-Italienne; un premier piqueur avec son cor autour du col, et qui ressemble ? M. Western de Tom-Jones^; trois ou quatre autres piqueurs, cinq à six gardes et sept à huit chiens superbes et un peu plusgrands que la petite chienne de la grand'maman. Nous lançâmes un chevreuil et tuâmes un loup, à peu près comme les généraux gagnent des batailles, c'est-à-dire que nous entendîmes le coup, que nous courûmes au bruit, que nous vîmes l'ennemi étendu sur le carreau, que nous en eûmes peur, et que nous nous retirâmes en bon ordre. Dans ce moment, la petite sainte*, qui était restée dans la calèche, avertit qu'elle avait vu passer le chevreuil dans une petite route. Tous les chasseurs s'assemblèrent auprès d'elle. On vérifia le fait. Ce chevreuil était un lièvre. Le sonneur de cloches d'Amboise, qui se trouvait là par hasard, dit qu'il avait vu un sanglier s'enfoncer dans un taillis voisin; nous l'entourâmes, et sans une grosse pluie qui tombait depuis une heure sui nous, nous l'aurions forcé. Je crois pourtant que ce sanglier était un hanneton. Tout le monde lit des merveiil«'s. La grand'maman, le prince sans pair', et M. de Lauzun couraient avec un courage effroyable quand le chemin était beau. Gatti trottait ses deux poings appuyés sur sa selle et le corps tout courbé, à càuse de sa sciatique. Après tous ces héros, je n'ose me nommer; mais j'allais assez bien sur un cheval si petit que mes jambes traînaient par terre et se confondaient avec celles du cheval, excepté quelles n'étaient pas si jolies-

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