CHOIX
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LETTRES DU XVIir SIÈCLE
MADAME DE SIMIANB'
rAUbINB DK GRIGNAH
Les letlres de Mme tie Simianene répondent pas tout à fuit i l'iUée (|ue Mme de Sévigné nous donne de sa pelile-lille, ce n'est pa» cet esprit qui ui'robait tout, iiiccl attrait irrésistible qui eût brûlt: le monde. Mais aussi faut-il songer qu'elle les écrivit dans sa vieillesse, et ce qu'elle avait perdu de grâce et d'éclat, elle le compensait par la solidité, par la bonté, par une élégance natiirelL- et sans élude.
Mme de Simiane vécut paisiblennent dans sa province, rein» d'ao salon où se rassemblèrent la meilleure noblesse du pays, les noagistrats du Parlement d'Aix et les académiciens de Marseille. Ruinée par des procès, elle avait un tnain médiocre. Elle était dévote et janséniste, un peu inégale d'humeur, parait-il. mais très attachée à ses amis f.l leur inspirant un entier dévouement. L'édition des lettres de sa grand rnére, que le chevalier de l'errin donna avec son consentement et avec son concours, ût le tourment de ses dernières années. A peine eut-elle remis les manuscrits qu'elle en eut regret. La liberté de ton de Mme dt Sévigiié l'elfarouchait, et elle obligea le chevalier à faire toute sor;e de retranchements et de corrections.
1. Lstlrea de M»* de Séingaé, t'ollccliou des Grands Écrivains, Uacltelle, in-8, t. XI. — J'ai mis à
prolit celle eicclicnle «dilioii pour la réiLiclioa des notes et de It
notice.
2 LETTRES DU DIX-HUITIÊME SlfiCLK.
I. — SUA LES LETTRES DE MADAME DE SÉVIQNÉ ▲ Hmsibok db Bosst*.
Ce n'est point ici une lettre, mon cher cousin, ne la liseï pas sur ce pied-là : à Dieu ne plaise que je m'avise de mêler une des miennes parmi celles que je vous envoie *' Regardez plutôt ceci, si vous voulez, comme une préface ; et comme elles sont rarement bonnes, j'espère que vous aurez quelque indulgence pour celle-ci.
Il n'est pourtant point question d'
Un auteur à genoux dans une humble préface,
Au lecteur qu'il ennuie qui doit demander grâce • :
je ne m'attends qu'à des remerciemens. Vous savez, mon cher cousin, ou si c'est à un lecteur indifférent à qui je paKe*, il saura que c'est ici une mère qui écrit à sa fille tout ce qu'elle pense, comme elle l'a pensé, sans avoir jamais pu croire que ses lettres tombassent en d'autres mains que les sienues. Son style négligé et sans liaisons est cependant si agréable et si naturel, que je ne puis croire qu'il ne plaise infiniment aux gens d'esprit et du monde qui en feront la lecture.
Un agrément qui serait à désirer à ces lettres, c'est la clef de mille choses qui se sont dites ou passées entre elles ou devant elles » qui empêcherait que rien n'en échappât :
1. Il s'agit, selon toute apparence, du second ûls de Bu.ssy-Rabutia, oé en 1664, qui fut évéque de LuçoQ, académicien, et qui mouruf en 1736. — Cette lettre fut publiée dans les éditions des Lettres de Jf-« de Sévigné qui furent imprimées en 1726 à Rouen et à la Haye.
L'édition de Perriu, donnée avec J'iMentimeiit de H"* de Simiane, ne fMinit qu'en 173i-1737.
t. Elle lui envoyait un recueil de tS7 l«ltr«a, lur l«qu«i M. Gtpmu
conjecture que l'édition de Rouen (1726) a été faite.
3. Boileau (sat. IX, v. 187-188) a ,dil >: « Un auteu>r, à. genoux, dans une humble préface, || Au lecteur qu'il, ennuie a beau demander grâce. .
4. Pléonasme assez commun au XVII» s. « C'est k vous, mon esprit, à qui je teux parier. » (Boileaa, Sat. IX, T. 1.)