‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 304 sur 547 · SUR ELLE-MEME · texte numérisé non relu

SUR ELLE-MEME

An HÊME.

A Paris, ce 6 décembre i767

Me voici à ce qui me regarde, et dont Votre Majesté veut l);on s'occuper. Je commence par lui dire qu'elle ne pourra

félicilé, Il Et ta clémence même attend que je périsse. || Coiiteute ton désir, puisqu'il t'est glorieux :

Il Oilènse-loi des pleurs qui cou- Icnl (le mes yeux ; || Tonne, frappe il est temps; rends-tnoi guerre pour guerre. || J'adore en périssant la raison ijui t'aigrit. || Mais dessus quel endroit tombera ton tonnern»., H Qui ne sott tout couvert du Simg de Jésus-Christ. » Vo'iairc prétead sans (ir>iivc i\\\K ce sonnet e»l de VtJbLé de Lavau.

1. Desbarreaux (mort en 1673) fut quelque temps conseiller au Parlement. Voici ce beau sonnet qu'il fit étant converti • « Grand Dieu, les ugeiucns sont rempli» d'éfjuité, Il 7 iujours tu preuiis plaisir à nous être propice; H Mais j'ai tant fait dt mal que jamais ta bonté |j Ne |>> ut me pardonner sans choquer U> justice. Il Oui, mou Dieu; la prandcurde mon nnpiéiéU Nu lai.ssc

in.i |i(iii\()ir que L flioix du su|>- Pli«e, Il Tou iiii«rét s'oppose k nt«

MADAME GEOFFRIN iH

jamais me faire de questions à quoi je ne veuille pas répondre. Mon cœur sera toujours ouvert à Votre Majesté toutes les fois qu'elle fera loc toc à la porte. J'ai fait, à l'âge de vingt ans, des plans pour les ditlérens âges de ma vie. Je les ai suivis, et je m'en suis bien trouvée 11 n'y a eu que le voyage de Pologne qui a fait dans ma vie un incident extraordinaire, parce que je ne pouvais pas prévoir ce que mon extrême amitié pour Votre Majesté, et les circonstances exigeraient de mon sentiment. J'ai fait ce voyage dans le commencement de ma vieillesse, je n'aurais pas pu le faire dans ma jeunesse, ni même sur la lin de ma jeunesse, il aurait eu l'air indécent ou au moins romanesque. Il a très bien réussi pour moi. J'ai vu mon Roi, j'ai vu ses entours, enfin j'ai bien vu ce que j'ai vu, et je suis contente d'avoir eu le courage d'avoir entrepris ce voyage, et le bonheur de l'avoir fait san^ aucun accident. En arrivant chez moi, j'ai repris mou genre de vie, et ce genre de vie me conduira jusqu'à soixante-dix ans, qui seront accomplis dans deux ans. Pour lors je commencerai à rompre tous les attachemens de mon cœur, et puis, je le fermerai hermétiquement, de façon qu'il n'y ;;uisse plus rien entrer. Je veux que ma mort physique soit aussi douce qu'il soit [tossible, et pour cela, il ne faut point avoir de déchirures à faire, et je n'en peux jamais avoir que par mon cœur. Ma petite philosophie m'a fait donner à toutes les choses agréables qui m'entourent leur juste valeur, je les quitterai, comme dit La Fontaine :

Je voudrais qu'à cet âge On sortit de la vie, ainsi que d'un banquet. Remerciant son hôte, et qu'on fît son pafjuet

Et encore le même La Fontaine qui dit :

Que la mort, pour le sage, est la fin d'un beau jour.

J'assuie Vulio Majesté quo je vois l'époque «Je ma mort morale très-gaiement. J'ai l'esprit comme je l'avais à Varsovie quand mon Hoi était d« bonne hmiieur et que je

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n'étais occupée que du plaisir de lui plaire. Je suis si gaia qu'un troupeau de jeunes dames de vingt ans viennent me voir quand elles veulent se divertir. Je les fais pâmer de rire, Mme d'Egmont* est à leur tête. Elles me demandent souvent des petits soupers. Je les gronde sur l'usage qu'elles font de leur jeunesse, et je les prêche pour se procurer une vieillesse saine et gaie, telle qu'est la mienne, car je me porte parfaitement bien; mais je sens le besoin d'un calme que je ne peux me procurer qu'en fermant mon cœur. Je compte faire encore, avant ma petite mort, un voyage en Angleterre le printemps prochain; j'y ai dos personnes quej'aime tendrement et dont je suis bien aimée. J'irai leur dire le dernier adieu.

Voilà la réponse à la bonté que mon Roi avait de vouloir connaître l'état de mon âme. Mais les bontés et l'amitié dont mon Roi m'a honorée sont tellement gravées dans mon cœur que le souvenir m'en sera précieux jusqu'au dernier soupir de ma vie.

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