HUMEUR TRISTE
An MÊME.
A Paris, ce 25 août 1770.
Je suis touchée et flattée que Votre Majesté daigne se ressouvenir de la gaieté de mon esprit; je n'ai jamais eu celle du corps ; je n'ai jamais ri, et le rire des autres ne me faisait aucun plaisir; mais toutes mes idées étaient gaies et même souvent comiques; mais cette gaieté intérieure m*a quittée en quittant la Pologne. 11 y a encore des momens où je me ranime, mais je retombe sur-le-champ. J'avais vu à Varsovie le germe de tous vos malheurs. J'ai vu quelquefois à Votre Majesté des rayons d'espérances, mais elles n'ont pas été réalisées, et j'avoue à Votre Majesté que l'oceupation où je suis continuellement de votre situation a
t. et, f. m.
MADAME GEOFFRIN
rempli mon imagination de noir; et» depuis quelque temps, il s'y est joint nos propres malheurs : le mauvais état de nos finances, la fermentation d'une grande et belle pra vince*, le mécontentement de tous nos parlemens*, tout cela fait des visages et des conversations fort tristes. J'ai donc dit adieu à ma gaieté; si elle se commandait, je lui ordonnerais, de la part de Votre Majesté, de reparaître au moins quand je prends la plume pour causer avec Votre Majesté. Mais, hélas! comme dit fort bien Votre Majesté, cela ne se commande pas, et surtout à la distance où nous sommes. Et réellement il n'y a pas le mot peur rire à tout ce qui se passe chex vous comme chez nous.