I. André Ponialowski avait yrii du"?«rvice en Aulriclie
forfne de gouvernement, dans laquelle le roi soit presqiio tout à fait nul. Il est surtout question d'élai)lir un conseil permanent d'une trentaine de personnes, qui doit disposer des grâces à la place du roi et avoir de plus une surintendance sur toutes les affaires entre les diètes, lesquelles diètes, cependant, on veut toujours tenir assujetties aux malheureux liherum veto, dans les trois principales matières des finances, de la disposition de l'armée, et de la confection des traités.
Voilà ce qu'on veut faire de nous, et ce qui ne m'a été manifesté par les trois puissances qui nous démembrent, qu'à l'ouverture de la diète, après qu'elles m'avaient flatté d'un beaucoup meilleur gouvernement pendant plusieurs mois. Ensuite, leurs adhérens proposèrent un acte à la diète pour autoriser un certain nombre de délégués à transiger avec les trois ministres de nos voisins, non seulement pour la cession de nos provinces, (et) [mais encore] pour le règlement de cette forme future de notre gouvernement, le toMt avec un plein pouvoir si absolu que ni le corps de diète ni moi-même ^n'aurons plus le pouvoir de nous refuser à rien de ce qu'ils auront statué. Je haranguai les États, le 5 mai, pour leur exposer la nécessité de demander aux trois cours, nos voisines, d'admettre l'intervention de toutes les puissances neutres dont plusieurs, comme la France*, sont garantes de nos anciens traités avec ces mêmes voisins qui les enfreignent aujourd'hui. Cette demande fut faite selon ma proposition, mais le lendemain j'eus une réponse par écrit des trois ministres, qui écartait entièrement celte idée en redoublant de menaces.
Sur cela je haranguai, !e 10, pour proposer au moins aux États un projet différent de [celui qui était poussé par les trois cours voisines, et que je regardais comme moins pernicieux pour l'État, dans la manière d'autoriser ceux qui doivent traiter avec les trois ministres étrangers.
1. Le duc d'Aiguillon, Maupcou l parler ouverlemenf on faveur de la et Torniy, qui goiivornnient U l'ulo-^nn. On secourul seiileraeni fjaiice, ne .s'aventurèrent pas à I sous main les patriotes.
STAMSUS-AUGLSTE rONlATtiWSKI. 429
Alors il entra dans Varsovie quelques troupes autrichiennes et prussiennes, dont les olliciers se joi^MiirtMit aux Russes pour marquer les quartiers pour un beaucoup plus grand nombre vers notre capitale, dans toutes les maisons de laquelle ils devaient être non seulement logés, nourris (comme les soldats russes le sont dans une partie depuis longtemps), mais, de plus, nourris et défrayés, eux et leurs chevaux ; soixante Prussiens furent assignés à la maison de mon frère; le palatin de Russie en eut à peu près autant d'annoncés, et, de plus une contribution énorme, le tout sous peine de pillage comme dans une ville prise d'assaut; et pour preuve que la mesure se réaliserait, on en exécuta un échantillon dans la maison de l'évêque de Luccovie, Turski, attenante à mon château. Cet évèque a montré beaucoup de patriotisme à cette diète. Onze houssards prussiens furent se loger jusque dans sa chambre à coucher, fumant la pipe, se vautrant sur ses meilleurs meubles et les abîmant, et se faisant donner non seulement à manger, mais jusqu'aux vins et liqueurs les plus recherchés, les chevaux de l'évêque chassés de l'écurie, les leurs mis e! nsurris à leur place. Malgré tout cela, cinquantes nonces et trente sénateurs restèrent jusqu'à la tin conformément è mon sentiment. De ce nombre fut l'évêque susdit, Chreptowicz, nouveau vice-chancelier de Lilhuanie, le même que vous avez connu à Paris, secrétaire de Lithuanie.
Le 14 de mai, jour où la question fut finalement décidée, l'avis contraire au mien ne l'emporta que de cinq voix.
Je vous assure d'honneur que je n'ai rien donné ni promis à aucun de ceux qui ont ^enu bon jusqu'au bout, eî que je n'avais point du tout soigné les diélines* cette fois comme j'ai fait avant les autres diètes. H y a 100 000 étrangers dans la Pologne qui maltraitent cruellement tout ce pays, et surtout ceux qui ne sont pas leurs complaisans. Les trois ministres* ont répandu beaucoup d'argent dans
). As'îemhlèes provinciales qui j 2. De Russie, (TAulriche et de uommaieiit les nonces ii lit ciète. I F'rui^se.
cette diète. Les étrangers ont donc vu qu'il y a des hommes de probité et de courage dans ce pays, puisque près de la moitié de cette diète a résisté à leur force. Mais, hélas! à quoi tout cela sert-il quand on n'a soi-même ni argent ni armée! Il m'a été dit le' lendemain de la décision de cette malheureuse alFaire : Si vous aviez emporté la pluralité ^ wus cessiez d'être Roi, et le reste de la Pologne était partagé entre nous. Et c'est à cela que le roi de Prusse vise toujours.
Aujourd'hui que les trois cours ont obtenu tout ce qu'elles voulaient, leurs troupes continuent cependant à vivre sans payer dans toute la Pologne. Le ministre de Russie nous fait des promesses que cela va cesser: de son côté, l'Autrichien nous donne des espérances ; le Prussien ne donne pas même encore cela. Le maître du dernier paraît occupé des moyens de faire agréer à ses alliés qu'il s'approprie encore plus qu'il n'a pris jusqu'ici sur nous*. L'empereur paraît se croire obligé de nous faire toujours exactement autant de mal que le roi de Prusse, et l'impératrice de Russie paraît trop occupée du Turc pour empêcher le roi de Prusse de nous nuire.
Je suis depuis le 14 mai entièrement à la merci des trois cours. Je meurs de faim ; on en veut à tout ce qui m'est le pins cher. Malgré tout cela, il faut montrer Une apparence de tranquillité, soutenir avec une sorte de dignité le plus mauvais de tous les rôles, et songer toujours qu'il peut encore y avoir du pire que le présent, et travailler à détourner, s'il est possible, ce pire de dessus l'État, et cacher quelques graines qui puissent repousser en une saison plus favorable. C'est ce qui fait toute mon étude. A cette fin aussi il me faut une attention continuelle et gênante, pour ma santé, contre une humeur rhumatique qui se jette tantôt sur une partie, tantôt sur l'autre, à l'aide de ces maudits rnaux de nerfs qui ne me quittent presque plus. Pour suffire à tout cela je me dis toujours : Si Dieu m'a sauvé le
1. Frédf'ric II avail eu la Prusse | 1000 lipuo- c.inv'os. il y a'ait hiea polonaise, sauf Thorn et Dautzig, | des années qu'il conToitait ce pays.
MADAME D'fiPINAY.
S novembre 1771*, d'une manière si étonnante, c'est pour quelque but auquel je vais apparemment. Espérons donc. Peut-être je me trompe; mais il faut se tromper ainsi pour faire ce qu'on doit jusqu'au bout.
Cette lettre est bien longue, mais je crois que vous ne m'en voudrez pas de mal. Elle n'ira pas à vous par la voie ordinaire, et elle cheminera un peu plus longtemps que les devancières, mais aussi elle ne sera pas lue chemin faisant. Que je me trouverais heureux de pouvoir aller vous la porter moi-même ! Maudit soit le jour qui me conduisit à la malheureuse place que j'occupe, et qu'il ne faut pourtant pas abandoimer!
Adieu, je vous embrasse mille fois.