MADAME DE LA LIVE D'ÉPINAY
LOUISE DESOLA VELLES
• Ce qui distinguait Mme d'Épinay, a dit Grimin, c'était une droiture de sens fine et profonde. Elle avait peu d'imagination ; rinins sensible à l'élégance qu'à l'originalité, son goût n'était pas toujours assez sûr, assez difficile; mais on ne pouvait guère avoir plus de pénétration, un tact plus juste, de meilleures vues, avec un esprit de conduite plus ferme et plus adroit. »
Cet éloge s'applique parfaitement à l'auteur des Lettres à mon (Us et des Conversation* d'Emilie, pédagogue aimable et judicieux, à la femme qui, malade, retirée du monde, vieillissait entre sa liJle et ses petitsv-enfants, visitée d'un petit nombre de gens de lettres et de philosophes, et parvenant a reconquérir peu à peu la considération et l'autorité. Mais la première partie de sa vie avait appartenu à l'imagination et aux aventures de cœur.
1. Quand les confédérés de Bar essayèrent d'eulever le roi Stanislas, il crut à une tentative de régicide.
2. La jeunesse de ifn^ d'Êpinau, U* Dtrnières annéoê de U^^ d'E-
pinay (i vol. iD-8,1885), par Luciea»
Perey et Gaston Maugra». — Corre»pondance de l'abbé Galigni, publiée par les mêmes (S v«l. in^.
EUe épousa par amour son cousin d'Épinay dont la fanulle ne voulait pas ce mariage : on la jugeait trop pauvre pour un futur fermier général. D'Épinay força toutes les résistances : mais son amour où il entrait plus d'amour-propre et d'entêtement que de passion ou d'amitié, s'évapora bien vite de sa tête légère. Son inditrérence, sa vie, scandaleuse, ses prodigalités inouïes désolèrent Mme d'Épinay. Il força le ministère à le rayer du nombre des fermiers généraux : ce fut la ruine, qui ne le corrigea pas pourtant. Mme d'Épinay cliercha des consolations dans son goût pour les lettres. Elle se fit l'amie de Jean-Jacques Rousseau : elle le logea dans un coin de son parc, à l'Ermitage. Mais cette intimité ne dura guère, et Rousseau la diffama plus tard dans ses Con' fessions, dont il lit lecture chez Mme d'Egmont et ailleurs, du vivant de Mme d'Épinay. Du côté de Duclos aussi, elle ne rencontra que manège et tracasseries. Enfin elle trouva dans Grimm un ami silr et fidèle, un conseiller prudent, soucieux de sa renommée, qui fut vraiment pour elle un directeur de conscience, un guide et un soutien pour le reste de son existence. Ce fut par ses avis qu'elle adopta ce plan de vie sérieuse et retirée, qui ramena en sa faveur l'opinion du monde.