I. — UNE CONVERSATION AVEC DIDEROT
A Rousseau*.
Enfin, j'ai vu Diderot*, et, si je n'étais pas une imbécile, il aurait certainement diné chez moi; mais je crois que le pauvre GaulVecourt' m'avait inoculé sa goutte et son rhumatisme sur l'esprit, et puis je ne sais point tirailler ni violenter les gens; au moyen de quoi je suis très persuadée que je ne le reverrai pas, malgré toutes les assurances qu'il m'a données de venir me voir. Mais encore faut-il vous dire comment cette entrevue s'est passée? J'étais en peine
t. Cette lettre est de 1757. Rou»- *iieau habitait l'Ermitai^e, auprès de la Chevrette, château de H" divpinay.
2. Duclos avait prévenu Diderot contre M '"«d'Épinay, oui tenait fort
à faire la conquôte du philosophe, ami de Grimm et, en ce temps-là encore, de Rousseau. Duclos avait été très lié avec M*' d'Épinay et s'était brouillé avec elle.
Z <:r.|>. il19, D. 5.
MADAME DÊPINAV
ée notre ami que j'avais laissé en mauvais état hier au soir*, je me levai ce matin de bonne heure et je me rendis chei lui avant neuf heures. Le baron d'Holbach* et Diderot y étaient. Celui-ci voulut sortir dès qu'il me vit; je l'arrêtai par le bras. « Ah! lui dis-je, le hasard ne me servira pas si bien sans que j'on profite. » 11 rentra, et je puis assurer que je n'ai eu de ma vie deux heures plus agréables que celles que j'ai passées à l'entendre et à causer avec lui. ' )ilà ce que j'appelle de l'esprit et du génie. Le pauvre -lufTecourt était enchanté, il nous proposa de dîner près de lui, je refusai, j'avais indispensablement atTaire avec mes enfans, et j'attendais M. Grimm à dîner. Je sortis, M. Diderot m'olTrit le bras' et me demanda permission de venir ma voir; je lui répondis que, puisqu'il le proposait, il devrait en venir surprendre M. Grimm et dîner tout de suite chei iiioi; j'insistai, il continua à me refuser et je me le suis tenu pour dit. Qu'en pensez-vous? Ai-je bien ou mal fait et croyez-vous que je le revoie? Au reste notre ami était mieux aujourd'hui que je ne l'ai vu depuis longtemps. J'envoie de petites provisions à Mme Levasseur et, comme c'est un commissionnaire nouveau dont je me sers, voici le détail de ce dont il est chargé : un petit barii de sel, un rideau pour la chambre de Mme Levasseur et un cotillon tout neuf h moi (que je ne n'ai pas porté au moins*), d'une llanelle de soie très propre à lui en faire un ou à vous-même un bon gilet. Bonjour, le roi des ours, un peu <le vos nouvelles.