MŒURS REPUBLICAINES
A Madame d'Esclavelles '.
Le changement de temps, ma chère maman, influe toujours beaucoup sur ma santé. L'air vif qu'il fait ici me foi-
1. M"* d'Épinay, malade, s'en alla à Genève consulter le célèbre Tronchin. Elle y resta de 1757 à 1759.
Grimm vint l'y retrouver à la fin de son séjour.
2. M- Denis. M- d'Épinay, dans une autre lettre, la dépeignait ainsi : « Sa nièce est à mourir de rire. C'est une petite grosse femme toute ronde, d'environ cinquante ans, femme comme on ne l'est pomt, laide et brune, monteuse sans le vouloir et sans méchanceté; n'aynnt pas d'esprit «t «n paraissant
av0ir, criant, politiquant, versifiant, raisonnant, déraisonnant, et tout cela sans trop de prétention, et surtout mus choquer personne....
Elle adore son oncle, en laiil qu'oncle et en tant qu'homree; Voltaire la chérit, s'en moque ei la révère. En un mot, celte mapi/ou est le refuge et l'assemblage de* contraires, et un spectacle charmant pour les spectateurs. >
3. M"' de F'rcux, mariée au baro« de Tardieu d'Esclavelles, gouverneur de Valenciennes.
MADAMi: D'EPINAY.
tifie et me convient mieux que le temps mou qu'il fait en France presque toute l'année.
Je trouve que mon fils' gagne beaucoup à son séjour ici. L'exemple a un grand avantage sur les enfans. Il en est un preuve sensible. Il ne se soucie plus de son habit de velours ni de dentelles; il n'en voit pas porter, il en a, au contraire, essuyé des railleries. Il voit que les égards et les distinct tions sont proportionnés au mérite; cela lui donne une émulation dont nous nous apercevons tous les jours. Une des choses qui l'ont le plus frappé est la visite qu'il a été taire pour moi à un des premiers magistrats de la ville*. Cet homme d'un certain âge a une figure vraiment vénérable. Il l'a trouvé logé au troisième étage, vis-à-vis de «on bureau, éclairé de deux lampes, son cabinet meublé de livres et son salon d'une bergame'. Cet homme n'a pas cru devoir manquer à sa dignité en venant lui-même éclairer et reconduire mon fils, attendu que tout son cortège consiste en une servante et qu'elle était sortie. Lorsqu'il a vu ce rnéme homme recevoir les honneurs de la garnison et les bénédictions du peuple, en passant par les rues, il ne lui a pas été difficile ensuite, avec deux mots d'explication de notre part, d'apprécier son habit de velours à sa juste valeur
Au reste, mon fils n'est pas le seul auquel ce pays apprenne à vivre. J'ai eu aussi une petite leçon. Je me suif lait une société de gens qui seraient recherchés partout. 11 y a entre autres une femme on ne peut pas phis aimable qui m'a recherchée et avec qui je me suis fiée avec le olus ^rand plaisir. Elle est jeune, douce, polie, l'esprit orné, très eaie et point pédante, quoique uniquement occupée de son lari et de son ménage. Elle est d*^ Paris, mais elle est la Mllo d'un marchand de la rue des Cinq-Diamans, que j'ai eu
1. Louis, né en 1746, avait la légèreté et tous les défauts de soa père.