La vicoinlesse de lielzuucc, sa I de Bcizunce
MADAME DËPINAY. 437
pièce; elle a été mise en musique parDuni". Philidor* nous en donne une autre au même Ihéâlre, le 28 de ce mois, dont ie sujet est tiré du roman de Tom Jones, et toutes les tètes sont en l'air dans l'attente de ce grand jour. Chacun de ces auteurs a un parti et des cabales considérables, d^* sorte que les grands intérêts qui meuvent aujourd'hui nos âmes sont TOpéra-Comique et les cafés. Les cafés* surtout prennent avec une vivacité prodigieuse; mais vous ne savei peut-être pas ce que c'est qu'un café? C'est, en deux mots, le secret de rassembler chei soi un très grand nombre de gens sans dépense, sans cérémonie et sans gêne; bien entendu qu'on n'admet que les gens de sa société; or, voici comme on s'y prend.
le jour indiqué pour tenir café, on place dans ta salle destinée à cet usage plusieurs petites tables de deux, de trois ou de quatre places au plus; les unes sont garnies de r.artes, jetons, échecs, damiers, trictracs, etc. ; les autres <!»' bière, vin, orgeat et limonade. La maitresse de la maison .|ui tient le café est vè»ue à l'anglaise : rolx» simple, courte, (il lier de mousseline, fichu pointu et petit chapeau;, elle a (levant • elle une table longue en forme de comptoir, sur laquelle on trouve des oranges, des biscuits, des brocluires, et tous les papiers publics. La tablette de la cheminée est garnie de liqueurs; les valets sont tous en vestes til.inches et en bonnets blancs; on les appelle garçons, Msi que^dans les cafés publics; on n'en admet aucun . t'iranger; la maîtresse de la maison ne se lève pour per- Miine; chacun se place où il veut et à la table qu'il lui plail. La salle à manger est meublée de même par un grand nombre de petites tables de cinq places au plus; elles sont
1. Duui (1709-1775), compositeur napolitain, qui se fixa ù Paris en 1757, et travailla le plus souvent «ur des livrets de Favart.
2. André Danican, dit Phiiidor (1726-17951, né à Dreux, est presque tassi connu par sa science du jeu
il»'cliei-s que par son talent muMcal.
Tuin Jones, comédie lyrique en Irois-actcs, dont Poinsinet avait fait les paroles, tomba à plat.
3. Cette mode dura quelque temps. On vit, en 1778, Marie-Auloi* nette tenir des cafés à Mar'y.
numérotées et on tire les places pour éviter les tracasseries et la cérémonie qu'un grand nombre de femmes entraîneraient nécessairement. L'étiquette du souper est une poule au riz sur le buffet et une forte pièce de rôti, et sur chaque petite table une seule entrée relevée par un seul entremets. Cette mode me paraît très bien entendue par la grande liberté qu'elle établit dans la société. 11 est à craindre qu'elle ne dure pas, car l'esprit de prétention commence déjà à troubler dans sa naissance l'économie d'une si belle invention.
Mais ce n'est pas tout; il y a tout plein d'accessoires charmans à tout cela : on y joue des pantomimes, on y danse, on y chante, on y représente des proverbes* : les proverbes avaient déjà pris faveur dans les sociétés avant l'établissement des cafés; on choisit un proverbe quelconque, on bâtit à l'improviste un canevas qui doit être rendu par plusieurs personnages, et quand ils ont bien rempli leur rôle, l'assemblée doit deviner le proverbe qu'ils ont voulu rendre.