‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 337 sur 547 · L'ABBE GALIANI · texte numérisé non relu

L'ABBE GALIANI

Caraccioli» est arrivé ftt a été présenté! Exceptus brevi ôsculo nulloque termone, servientium turbst immixtus est*. 'Tacite, dans la vie d'Agric.) Je l'ai vu; il a ébauché son

;)port sur tout ce que je voulais savoir de Paris. Je se 1 lis assez content, sans ce qu'il m'a dit de l'état du prince l'ignatelli*, qui m'a percé le cœur. Quelle autre espèce de disgrâce! Je suis triste et rêveur, comme vous voyez. Bien des désagrémens valent autant qu'un malheur, et c'est là mon état. Parmi mes désagrémens, j'ai celui que mon domestique français Dutout vient de me quitter après quinze ans. Une nostalgie violente l'a rappelé dans sa patrie (b Savoie), sans qu'on ait pu l'arrêter. Ce départ dérange mon économie domestique, et je serais plus embar rassé de savoir à qui donnerai-je à battre mon chocolat, que le roi de France ne Ta été à donner le département des affaires étrangères. D viendra peut-être à Paris, vous le verrez; il vous donnera de mes nouvelles. Je vous le recommande, ainsi qu'à M. de Magallon* et à tous mes amis.

Cette semaine, je n'ai point de vos lettres. Pourquoi me Jélaissez-vous dans des momens oïl vos lettres me seraient plus chères et plus précieuses que jamais.

Je n'ai point épargné ni le port de Paris à Marseille, ni

celui de Marseille à Naples, sur ma toile de coton»; j©

'épargnerai pas non plus les droits; et peut-être elle sera

iisie en contrebande. Oh! le fruit de tant de mesures!

Uh! destinée, maîtresse du monde f

ser le grand-duc héritier (plus tard l'empereur Paul I"). Grimra les ivail accompagnées dans ce voyage.

1. Le marquis de Caraccioli (1715-1789), ambassadeur du roi de Naples en France, fut rappelé en son pays pour être ministre des affaires étrangères, puis vice-roi de Sicile. Très lié avec les philosophes, il essaya de gouverner selon leurs idées. 11 abolit U torture en Sicile.

2. « L« prince dc l'entreiini pas, et après ua rapide salut, il s« confondit daos U foule des courtisans. *

3. Père du marquis de Mora : il fut {longtemps ambassadeur d'Espagoa en France.

i. Le chevalier de Magallon f«t chargé d'affaires d'iù'^^agae.

5. Galiani faisait venir de Paria de la toile pour faire des chemiaea et dea mouchoirs.

FREDERIC ir

Ce n'est pas une des moindres singularités de notre mit* siècle, qu'il faille y compter parmi nos grands écrivains un roi de l'fusse. Et en vérité, comme l'a dit Sainte-Beuve, « Frédéric est un écrivain d'un grand caractère, dont la trempe n'est qu'à lui, mais qui, par l'habitude et le ton de la pensée, tient à la fois de Polybe, de Lucrèce et de Bayle ». De tous les écrits qu'il a laissés, il n'y en a point où il révèle mieux toutes les qualités de son esprit, où il se montre plus naturellement, plus facilement grand écrivain en français, que sa vaste Correspondance. C'est, avec celle de Voltaire, le monument épistolaire le plus important que nous ait légué le xvni» siècle, par la richesse du fond, et par l'agrément de la forme, par l'importance des matières qui y sont traitées, et par la qualité de l'intelligence qui s'y applique.

La lecture de ces douze volumes de lettres grandit Frédéric II dans notre esprit. Elle ne va pas sans tristesse pour un Français, car on voit, par le génie de cet homme et l'incapacité de notre gouvernement, s'y préparer de jour en jour tous les éléments de la grandeur prussienne, et la pensée se retourne sans cesse involontairement vers les plus tristes années qu'ait traversées la France en notre siècle. Mais il n'importe : malgré cela se dégage et se fortifie de page en page l'impression qu'en a devant soi un grand homme, un des plus authentiques grands hommes que l'histoire puisse nous présenter. Et ce n'est pas assez dire encore : ce grand homme nous fait l'effet d'un bon homme. La chose ne laisse pas que de surprendre d'abord, quand on songe à ce que fut, à ce que fit Frédéric. Ce fut un homme de mœurs équivoques, un voluptueux qui ne connut de morale que celle du plaisir et du succès, un athée qui ne se contentait pas de nier l'âme et Dieu, qui prenait plaisir à scandaliser toutes les églises par son inipiélé facétieuse, un politique effronté et cynique, qui se joua des serments et des traités, et fut un maître en fourberie quand il n'afficha pas une absolue impudence. Cela est vrai, mais sans religion

1. Ohlun-ps, [ml)li(<cs pnr l'AcT- Aii\mv (ic lUiiliii sous la diicclioii «lu D'IVcuvsfl.SiO 1857,31. vol. i.i-4).

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