COURS DE MORALE POLITIQUE
A MoMSIBim JOMAR*.
Camp de Kuttenberg, 15 juin 1743.
Fedencut Jordano, salut. Enfin, voilà la paix venue*, cette paix après laquelle vous avez tant soupiré, pour laquelle tant de sang a été répandu, et dont toute l'Europe commençait à désespérer. Je ne sais ce que l'on dira de moi; je m'attends, à la vérité, à quelques traits de satire», et à ces propos ordinaires, ces lieux communs que les sots
seiller privé, curateur de» Académies et entretiot avec lui un« correspoDiiance très suivie : il l« traiuit avec une amicale fami* liariié, mélanl le« vou* et las tu,
i. La paix de Breslau.
5. Il y avait de quoi. Voyct, dans l'ouvrage de M. le duc de Broglit sur la guerre de la successioi d'Autriche, les circoustaoces d« cette paix qui était un véritable acte de trahison, et des moins motivés, à l'égard de rem|»«r«t»
Charles VII et des Français.
1. Frédéric excellait i faire luimême tout ce dont il se plaint.
2. C'étiit le nom qu'il aimait à ilonner à sa résidence de Rheinbcrg, au bord d'un lac que traverse le Rhyn, à 84 kilom. de Berlin :
c'est là qu'il avait vécu du temps qu'il était Prince royal, dans la disgrâce de son père.
3. Jordan (1700-1745) entra en relation avec Frédéric en 1736 : il fut chargé par lui de traduire en firançais la Morale de WoifT. Il avait été pasteur : Frédéric le &t con-
en
et les ignorans, en un mot les gens qui ne pensent point, repètent sans cesse après les autres. Moi, je m'embarrasse peu du jargon insensé du public, et j'en appelle à tous les docteurs de la jurisprudence et de la morale politique, si, après avoir fait humainement ce qui dépend de moi pour remplir mes engagemens*, je suis obligé de ne m'en point départir, lorsque je vois, d'un côté, un allié qui n'agit point*, de l'autre, un allié qui agit mal', et que, pour surcroit, j'ai l'appréhension, au premier mauvais succès, d'être abandonné^, moyennant une paix faussée, par celui de mes alliés qui est le plus fort et le plus puissant.
Je demande si, dans un cas où je prévois la ruine de mon armée, l'épuisement de mes trésors, la perte de mes conquêtes, le dépeuplement de l'État, le malheur de mes peuples, et, en un mot, toutes les mauvaises fortunes auxquelles exposent le hasard des armes et la duplicité des politiques; je demande si, dans un cas semblable, un souverain n'a pas raison de se garantir par une sage retraite d'un naufrage certain ou d'un péril évident.
Nous demandez-vous de la gloire? Mes troupes en ont suffisamment acquis. Nous demandez-vous des avantages? Les conquêtes en font foi. Désirez-vous que les troupes s'aguerrissent? J'en appelle au témoignage de vos ennemis, qui est irrévocable». En un mot, rien ne surpasse cette armée en valeur, en force, en patience dans le travail et dans toutes les parties qui constituent des troupes invincibles.
Si l'on trouve de la prudence à un joueur qui, après avoir gagné un sept-leva, quitte la partie®, combien plus ne doiton pas approuver un guerrier qui sait se mettre à l'abri des