SUR L'ESPRIT DES LOIS
A MONSEIG.NEIIR CeBATI'.
A l'égard de mon ouvrage, je vous dirai mon secret.
On l'imprime dans les pays étrangers. Je continue à vous
l. nepfiiienî7&4:cf.p.23i,n.l 1. la (Jernicre élection ciait celle du comte Je Bissy, porté par la maréchale de Luxembourg, en remplacement de l'abbé Terrasson. F'iroii avait été sur les rangs, et c'était lui qu'on voulait prendre à la suivante élection. Il fut élu eu effet en 1753 à la mort de de Boie, mais le roi ne l'ayant pas accepté, ou lui substitua Btilfon.
5. Sans doute M'* Lallemand de Betz.mère de la comtesse de Choi-
scMil, celle qu'on nommait la Petite Sainte.
i. Cet ouvrage a été la grand'' aiïaire de la vie de Montesquieu, li mit vingt ans à l'achever, et le publia à Genève en 1748.
5. Gaspr Cerati (1690-1769) fut nommé par le grand-duc de 'Toscane prélat de l'ordre de Sainl- Élicnuede Toscane, provéditeur de riniversité de Pise. Montesquieu l'avait connu en Italie chez le cardinal de Polignae.
dire ceci dans un grand secret. Il aura deux volumes inquarto, dont il y en a un d'imprimé; mais on ne le débitent que lorsque l'autre sera fait : sitôt qu'on le débitera, vous en aurez un que je mettrai entre vos mams, comme l'hommage que je vous fais de mes terres. J'ai pensé me tuer depuis trois mois, afin d'achever un morceau que je veux y mettre, qui sera un livre de l'origine et des révolulioiLs de nos lois civiles de France*. Cela formera trois heures de lecture; mais je vous assure que cela m'a coûté tant de travail, que mes cheveux en sont blanchis. 11 faudrait, pour que mon ouvrage fût complet, que je pusse achever deux livres sur les lois féodales*. Je crois avoir fait des découvertes sur une matière la plus obscure que nous ayons, qui est pourtant une magnifique matière. Si je puis être en repos à ma campagne pendant trois mois, je compte que je donnerai la dernière main à ces deux livres, sinon mon ouvrage s'en passera. La faveur que votre ami, M. [Jein, me fait de venir souvent passer les matinées chez moi, fait un grand tort à mon ouvrage, tant par la corruption de son français que par la longueur de ses détails ; il vient me demander de vos nouvelles. Je vous prie de me conserver toujours un peu de part dans votre amitié, et de ne pas oublier celui qui vous aime et vous respecte.
De Paris, ce 28 mars 1748.