‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 371 sur 547 · POUR LA LIBERTE D'ECRIRE · texte numérisé non relu

POUR LA LIBERTE D'ECRIRE

A d'Alembert.

26 janvier 1771

Vous me chargez d'une commission embarrassante pour moi, d'autant plus que je ne suis ni correcteur d'imprimerie, ni censeur de gazettes. Je crois que la famille de

1. GrV'fîoire Vll flOlô lOS.S), on dos granfis papes du moyen ;'igo., pngiignacoiUie i'einpereiir llonri IV l:i querelle des invoa.Ulnres, el l'obligea à s'humilier devual lui ù

Cnnossa (1077). — Voyez la ri'i'otisc à cntle l(>ilrc. p. 506.

2. 11 est piquant ilo voir dans cette lettre le despote défcndie la liberlé contre le philosophe.

Loyseau de Mauléon* a été à l'école chez Le Franc de Pompignan*; elle suppose toute l'Europe les yeux fixés sur elle, et l'univers uniquement occupé de cette famille. Pour moi, qui vis en Allemagne, et qui sais ce qui s'y passe, je puis assurer avec honneur à la famille de Mauléon qu'un très polit nombre de personnes sait qu'elle existe, et que ceux qui la connaissent le mieux sont peut-être une quarantaine de personnes qui ont lu un facturn fait par cet avocat en faveur de Calas. Je puis vous protester que personne m s'oppose en Allemagne à la noblesse de celte famille; qu'il est très indifférent à la diète de Ratisbonne que cet avocat soit mort d'un polype au cœur ou d'un crachement de sang, que la duchesse d'Orléans ait consulté son père ou non ; et qu'enfin tous les avocats de Paris, la cour des aides, la Tournelle, la grand'chambre», les présidens à mortier* et le chancelier peuvent vivre et mourir comme bon leur semble; on promet même de l'ignorer en Allemagne. Pour le gazetier du Bas-Rhin, la famille de Mauléon trouvera bon qu'il ne soit point inquiété, vu que, sans la liberté d'écrire, les esprits restent dans les ténèbres, et que tous les encyclopédistes (dont je suis disciple zélé), en se récriant contre toute censure, insistent sur ce que la presse soit libre et que chacun puisse écrire ce que lui dicte sa façon de penser.

1. Loyseau de Mauléon (1728- 1771) avait été un illustre avocat, lié avec J.-J. Rousseau et Voltaire :

il avait contribué à faire réhabiliter Calas. La Gasette du Bas-Rhm, imprimée à Clèves, avait, à l'occasion de sa mort, publié un article dont la famille s'était offensée.

Imloiiibcrt dcniaiHlail à Frédéric d'obliger la gazette à insérer une rétractation dont il envoyait les termes, « avec défensi? de parler désormais en bien ou en mal de celte famille ».

2, Le Franc de Pompignan (170Î)- 1784) avait dit, dans un Mémoire au roi : « 11 faut que tout l'univers

sache que le roi t'est occupé de mon discours. • Voltaire s'en donna l&-<lessus i cœur joie. Il lança dee car, des pour, des qui, des guui, des ah, des ok, et eoGo la satire de la Vanité, qui se terminait par ces vers conous : « CéMr n'a point d'asile où sa cendre repose, || El j'ai'ii l'ornpignaii i • n- ■ ii . ii. hm., chose. •

3. La Tounit i Cliambrc ét.itent df^ «iimil.).'^ .lu Parlomcnl d« P»ri«. Il y avait la Tourncllc criminelle cl la Tooniclle (•ivil»\

.{. Le mortier était le bonnet des présidents du Parlement.

Faites prendre ceci comme une poudre tempérante à la famille de l'avocat ; elle donne quelques symptômes de fièvra chaude, qu'il sera bon de prévenir par des saignées et de fréquentes émulsions. Que de personnes, mon bon d'Alêne bert, qui ne voient les objets qu'à travers ces grande» lunettes avec lesquelles on observe les satellites de Saturne\ il faudrait mettre leurs yeux pour quelque temps au régime du microscope, pour leur apprendre à mieux apprécier les grandeurs des figures, et, s'il se pouvait, la leur propre; mais je n'en ai que trop dit aujourd'hui. Sur ce, etc.

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