SUR LE THEATRE FRANÇAIS ET SUR LA LITTÉRATURE ALLEMANDE
A YoLTAinE.
Potsdam, 24 juillet 1775t Je viens de voir Le Kain*. Il a été obligé de me dire comme il vous a trouvé, et j'ai été bien aise d'apprendre de lui que vous vous promenez dans votre jardin, que votre santé est assez bonne, et que vous avez encore plus de gaieté dans votre conversation que dans vos ouvrages. Cette gaieté que vous conservez est la marque la plus sûre que nous vous posséderons encore longtemps. Ce feu élémentaire, ce principe vital est le premier qui s'affaiblit lorsque les années minent et sapent la mécanique de notre existence. Je ne crains donc plus maintenant que le trône du Parnasse devienne sitôt vacant; je vous nommerai hardiment mou exécuteur testamentaire, ce qui me fait grand plaisir.
Le Kain a joué les rôles d'Œdipe, de Mahomet et d'Orosmane; pour l'Œdipe, nous l'avons entendu deux fois. Ce comédien est très habile; il a un bel organe, il se présente ivec dignité, il a le geste noble, et il est impossible d'avoir plus d'attention pour la pantomime qu'il en a. Mais vous dirai-je naïvement l'impression qu'il a faite sur moiT Je le voudrais un peu moins outré, et alors je le croirais parfait.