‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 377 sur 547 · LÈLECTUICE MARIE-ANTONIE DE SAXE · texte numérisé non relu

LÈLECTUICE MARIE-ANTONIE DE SAXE

L'ÉLECTRICE MARIE-AN lONIE DE SAXE

Le français fat la langue des cours pendant le xvui* siècle, el surtout en Allemagne. Comme Frédéric II, tous les grands et petits princes de l'Empire, électeurs, margraves, grands-ducs, parlaient le français élégant, et méprisaient la rude langue alîe» mande. Beaucoup avaient leur troupe de comédiens irançais, et le bâtissaient un Versailles. Des souverains de quelques lieU)carrées jouaient au Louis XIV.

Aussi parmi les correspondants du roi de Prusse Irouve-t-mi un grand nombre de princes et de princesses d'Allemagne, qui lui tiennent par le sang et l'amitié. On y dislingue surtout trois femmes supérieures : la margrave de Baireuth, philosophe épicurienne, d'humeur vive et susceptible, facile à piquer, mais ea àomme profondément attachée à ce frère dont elle médisait parfois ; la duchesse Louise- Dorothée de Siixc^Gotha, une amie dévouée aussi, et philosophe également, r<irrespondante de Voltaire et de Diderot; enfin l'électrice Mane-Antonie d£ Saxe.

Celie-ci, la philosophie l'inquiète peu. Sou État et sa maison, voilà tous ses soucis, et l'objet de tous ses elforls. Elle emploie à défendre les intérêts qui lui sont chers, un esprit ongui il. vigoureux, souple, plein de ressources. Elle donne digneniont la réplique à Frédéric, elle lui tient lôte; tour à tour hardie, insinuante, ferme, ironique, et donnante entendre avec une exquise politesse, qu'elle n'est pas dupe de tous les raisonnements moraux et philosophiques à l'abri desquels le vieux roi poursuit set desseins politiques. Tout en admirant son correspondant, elle échappe à son ascendant : sympathique et non séduite, elle se maintient indépendante, el ne se laisse ni dominer, ni effacer par ce grand esprit. Même auprès de lui, sa physionomie garde un relief singulier, et par la netteté vigoureuse de la pensée, par la fme précision de la forme, ses lettres ne pâlissent point parmi celles de ce roi qui fut un grand écrivain français : elles valent par elles-mêmes, et non comme réponses ou provoquant des réponses.

Cette femme distinguée était une princesse de Bcvière, fille du malheureux empereur Charles VII. Elle épousa le prince de Saie tils de l'électeur et roi de Polojrne, Auguste Ili, qui mourut en

1763 : elle perdit son mari la même année, et gouverna la Saie au nom de son jeune fils.

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