‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 387 sur 547 · GefTroy, Gustave III el la Cour de hranee · texte numérisé non relu

GefTroy, Gustave III el la Cour de hranee

ger : il a pris tout à fait l'air et les manières de la société française, et il eut peu d'elforts à faire pour lui plaire dans les deuK voyages qu'il fit à Paris, eu 1771 et 1784. Il lui convenait jusque par ses défauts. Au reste, tout en lui était au ton du jour. Ses gouverneurs lavaient nourri de philosophie sentimentale et vague. Le comte Schelfer, qui réfutait Montesquieu, admirait Marmontel, et faisait relire Bélisaire à son élève. A vingt ans, le prince royal de Suède rédigeait une belle déclamation sur la tolérance et contre les jésuites.

Frédéric II est le roi voltairien. Gustave III est le roi qu'ont pénétré moins les doctrines que l'àme de Kousseau : sentimental, enthousiaste, échappé au joug de la raison, et livré à toutes les impulsions de l'imagination et du cœur. Beaucoup mieux que Louis XVI, et qu'aucun autre souverain de ce temps, il représente ce que peuvent produire dans la condition royale tous les courants d'idées et de sentiments qui traversent le xvni' siècle finissant : c'est le vrai roi de ce monde spirituel et attendri, frivole et généreux, irréligieux et mystique, livré tour à tour à tous ceux qui ollïent à son imagination de l'idéal et de l'inconnu, de ce monde qui, tout enivré de Rousseau, s'engoue de Franklin et court au baquet de Mesmer.

Page 1