‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 397 sur 547 · M. Gcffroy, i. I, p · texte numérisé non relu

M. Gcffroy, i. I, p

LA COMTESSE DEGMONT

losophiques et libéralos, toutes appellent la réforme de l'État, toutes Kéclament pour la France une constitution. Il faut voir avec quelle llamme d'indignation Mme d'Egmont condamne le coup d'État Maupeou, et défend les privilèges du parlement. Jamais le despotisme n'a été plus haï, plus flétri. Disciple à la fois ilc Voltaire, de Montesquieu et de Rousseau, n'ayant que de vagues croyances religieuses, et mettant toute sa puissance d'aimer et de croire au service de ses aspirations politiques, rêvant une France régénérée, libre et forte sous un roi respectueux des lois, Mme d'Egmont a fait passer dans ses lettres le feu qui était en elle. Elle parle de ces matières ordinairement interdites aux femmes, avec la noblesse de sentiments et l'élévation d'idées qui lui étaient propres ; sans aucune déclamation, tout ses discours ont cette simplicité et cette solidité surprenantes, qui trahissent la réflexion habituelle et prolongée.

L'amitié de Gustave II! charma ses dernières années. Le prince royal de Suéde arriva à Paris le 4 février 1771 : il fut bientôt présenté à la comtesse ; il était dans sa loge à l'Opéra, quand on lui annonça la mort de son père et son avènement au trône. Il partit le 18 mars : mais l'absence n» refroidit pas cette amitié si promplement formée, et leur correspondance ne languit jamais, pleine de prévenances, de flatteries, et de réelle afTeclion de la part du roi, tendre, fière, et même jalouse de la part de la comtesse. Elle s'était donnée la mission de l'attacher au parti de Choiseul et i la cause du parlement, de combattre l'influence des ministres et de l'entourage intime de Louis XV. Elle lui faisait honte des ménagements politiques qu'il gardait avec Mme du Bairy : sachant qu'il avait reçu le portrait de la favorite, elle lui refusa obstinément le sien qu'elle lui avait promis, et il ne l'eul qu'après sa mort. Il se mêlait dans son affection un sentiment prolecteur pour ce roi de vingt ans : elle voulait l'instruire, le mettre en garde contre tous les périls, tous les pièges, toiHe* les erreurs, le conformer à son rêve romanesque pour olfrir au monde un roi selon son cœur, type accompli de vertu aimable et de généreux libéralisme.

LETTRES DU DIX-HtITIEME SIÈCLE.

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