‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 396 sur 547 · L'Angleterre et la Prusse · texte numérisé non relu

L'Angleterre et la Prusse

i. C'est ce que Gnslave demandait, tuais à des conditions auxquelles se dérobait Catherine.

5. Ces liaisons, c'étaient l'Angleterre et la Prusse, qui, au dire de Gustave III, lui Taisaient de» offres magiiKiques. Stedingk nous fait vraiment voir et entendre latzarinc.

1. Gustave rêvait de restaurer Louis XVI avec le concours milii;iire et pécuniaire de la Russie.

2. 11 y avait eu pendant la guerre d'Amérique un rapprocliomenl entre la lUissie et la Fiance. La Révolution avait enlevé à Catlierine 11 cet appui, ce contrepoids à l'union de l'Angleterre et de la Prusse.

LE COHTB DE STEDIIVGI. 5SS

donne ma parole que non. Je vous dirai bien plus, M. de Stedingk, si le roi me faisait la guerre, je ne ferais que me défendre. — Ah! Madame, Dieu garde d'une telle pensée! Pour moi je sens que je ne pourrais jamais plus me battre contre Votre Majesté. — C'est seulement pour vous dire que je ne me défie pas du roi. On dit qu'il arme, qu'il recrute son armée, qu'il fait construire des vaisseaux. Eh bien, j'espère que ce sera plutôt pour moi que contre moi.... Mais on m'attend; adieu, u L'impératrice s'en alla par la porte par où s'en était allé M. de SouboIT; moi, je repris tristement le chemin de ma maison, fort mécontent d'avoir si peu avancé les affaires par une démarche aussi hardie, aussi singulière que celle que je venais de faire. Ce qui m'était prouvé, c'est que nous autres particuliers avons un grand désavantage en ces sortes d'occasions. Sans compter ce que la grandeur a d'imposant, quand elle le veut, les souverains disent ce qu'ils veulent, et nous ce que nous pouvons. S'ils ne peuvent exercer leur toute puissance sur notre opinion, ils la tiennent captive,(et s'ils commencent à manquer d'argumens, ils nous renvoient....

Enfin, sire, j'aimerais mieux me battre avec ces gens-ci que de négocier avec eux M mais ils me feront perdre entièrement la tète, ou ils contenteront Votre Majesté, à peu de choses près, si elle veut leur faire grâce pour les formalités.

t. ~ POTEMKIN.

5 avril 1791.

Sirnje prince Potemkirî*, bien qu'il me traite avec une bonté particulière, et qu'il m'ait prié de le regarder comme

1. Cntherine II tirait en longueur | ensuite k Gusle^e l«s conditions pour avoir le temps de faire sa i qu'elle voudrai^ paix avec la Turquie, et imposer I %. Cr. p. 563. Le prince (1736*

son parent, comme son frère (il est vrai que cela était dit lorsqu'il avait une petite pointe de vin), bien qu'il ne cesse de me répéter que tout ce qu'il désirerait serait de me voir ambassadeur ici, ce prince, qui veut absolument que je prenne toute confiance en lui, ne m'en inspire aucune. Non pas que je ne sois convaincu qu'il est bien intentionné envers Votre Majesté et flatté des é{,^ards qu'elle lui témoigne; mais il veut tout faire, et ses plaisirs, ses goûts, ses caprices sans nombre viennent toujours à travers les affaires les plus importantes. Lorsqu'il reçut la lettre de Votre Majesté, il me prit à part à un bal où nous nous trouvions ensemble^ 11 me dit qu'il n'avait pas cette lettre sur lui, mais qu'il me la montrerait le lendemain, qu'il me mènerait faire un petit dîner d'amis dans sa maison des gardes à cheval, où, par parenthèse, il a déjà fait unedépense de 150 000 roubles pour donner une fête à l'impératrice après Pâques, que nous y serions à notre aise et pourrions causer librement d'affaires. J'arrive chez lui (en ville) à l'heure marquée, chargé de papiers et transporté de joie d'avoir une si bonne occasion de tout finir. Je trouve l'Altesse extrêmement affairée, au point de ne pouvoir recevoir que moi (ses antichambres étaient remplies de monde). Et de quoi s'agissaitil? D'arranger une salle de bal dans son appaifement du château, qu'il a déjà changé en entier trois fois depuis qu'il est ici. Il me remet la lettre de Votre Majesté, puis nie fait promener par cinquante appartemens, me fait tout voir,, tout admirer, me demande le secret, m'embarque avec lui dans sa voiture, ne me parle en chemin que de la Crimée, de sa flotte de la mer Noire. Nous arrivons; je trouve les apprêts d'une fête; nous parcourons ce palais immense, entouiré* d'ouvriers et d'officiers de la suite du prince. Il commence à s'onniiyer, dit un mot: aussitôt deux cents

1701) revenait de J'aniièe ajii'ès une c.impaiuMie victorieuse contre les Turcs. Favori de riinp^éralnCe, qui le m fcld-niaréclial, il provocjua

le p.nrfajçe do la l',,;.,-ii,-, < (>rii|iiit la iliimée on 1785. II prit d'assaul Olrliiiiiow en 17S8, Beiider en 1789, Kili;iiiova eu 1790.

U COMTESSE D'EGMONT. SSI

iciens places dans la voûte du grand salon exf^cutenl un air de Sarli et n'ont que nous deux pour auditeurs. Le prince est transporté au troisième ciel; cent personnes arrivent les unes après les autres. On danse, on répète un quadrille qu'on dansera le jour de sa fête, de vingt-quatre couples habillés à la moldave avec la plus grande magnificence, aux frais du prince. On déjeune à trois heures après midi et puis on se relire à neuf heures du soir, sans qu'il y •it eu moyen de fixer l'attention du prince un seul moment sur la Suède, sur une affaire quelconque, malgré tous mei soms pour le rappeler à mes moutons! Tel est cet homme, Sire, qui gouverne l'empire, qu'il faut fixer, qu'il faut captiver, et qui me donnera plus de besogne que toutes les impératrices ensemble. Il lui prit fantaisie l'autre jour de nous mener dîner soixante personnes chex un de ses paysans serfs, qui a acquis de la fortune en louant des chevaux et par des entreprises de bâtimens. C,p. repas et l'honneur de régaler son maître coûta entre six à sept raille roubles k ce malheureux, qui se tint avec toute sa raniille à la porte de sa mîiison, pour recevoir ses hùtes à la descente de la voiture, et no parut dans les apparteraens que pour nous servir à boire, un genou en terre.

lA COMTESSE D'EGMONT'

SOPHIE-JEANIIE-SEPTIMAHIE PB RICHELIEU'

Fille du maréchal de Richelieu, mariée à «eize ans su plus grand seigneur des Pays-Bas. le comte d'Egmont.THIeulo de la province de Languedoc, reine longtemps de la Guicnne et em-

1. Gustave III et la Cour de i in-îî. — i« me suis Jm^'"--»"- -«'•«ri

France^ par GonVoy, l F, chap. «v. I pour \ft$ aoiicas des n

— La comtesse dEgmout, parla et les notes dp Ivui r

comtesse d'Arinaillé, Didier, 1890. | l'excellent oovrage de H. Gc^liuy.

528 LETTRES Db DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

bellissant les brillantes fêles que le maréclial et la ville de Bordeaux donnaient à renvi,clle éclipse à Versailles toutes les beautés de la cour, « lorsque, dans les bals de Mme de Mirepoix, elle préside avec le duc de Chartres à des danses de caractère, ou quand elle porte à un grand concert de Versailles les perles héréditaires de la maison d'Egmont^ ». Elle était, dit Walpole, délicieusement jolie, et Marmontel complète l'éloge : « Cette charmante personne était d'une }ïràce indéfinissable : un composé de charme, d'esprit et de politesse noble, de tradition parfaite et d'originalité piquante, avec des manières exquises et une élégance parée sous laquelle on entrevoyait un germe de mort prochaine ». C'est que sous la surface de son existence brillante, elle cachait bien des souffrances physiques et morales. Elle avait une santé toujours chancelante, et trouvait dans sa famille de nombreuses causes de chagrins : déçue par un mariage, où le cœur n'était entré pour rien, froissée sans cesse dans son affection et son respect par la conduite de son père, ce type achevé de courtisan égoïste et immoral, dont la politique sans scrupule» révoltait sa générosité. Mais surtout âme ardente intelligence vive, elle était envahie d'une tristesse intérieure que ressentaient tous ceux qui l'approchaient : elle ne pouvait prendre son parti de la réalité si peu semblable aux nobles rêves de son imagination enthousiaste, ni de son impuissance à faire passer dans les choses un peu de l'idéal qui vivait en elle. Elle se consumait en vains élans et en stériles indignations. D'esprit très cultivé, et de goût très fin, avec tout ce que la société parisienne et le monde diplomatique lui offraient de plus distingué, elle accueillait les hommes de lettres, Mably, Marmontel, de Belloy; Voltaire U courtisait, et Rousseau lui lisait ses Confessions. Elle s'entourait de musiciens et de peintres : Gretry, Monsigny, Chardin, Roslin, Halle. Mais surtout la politique la passionnait : non à la façon des héroïnes de la Fronde et de Mme de Tencin, par amour de l'intrigue, pour satisfaire ses passions, son ambition ou sa vanité, mais avec le plus pur désintéressement, pour procurer "le progrès social et le bien de la patrie. Rien ne nous fait mieux mesurer les résultats de l'attaque dirigée par l"s i)hili)sophes contre les institutions dupasse que l'état d'esprit do la partie la plus aristocratique de la société française dans les années qui précèdent la Révolution. Tout ce groupe de femmes avec qui (iustave llï lie amitié dans son voyage en France est imprégné d'idées phi-

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