__ PORTRAIT DU DUC D'AIGUILLON
'Au JîlblE.
Je trouve tout sim])!e el très juste que Votre Majesté soit conteute de sa iwininalion». Mais les Français ne peuvent penser de même jusqu'à ce qu'il soit prouvé que son esprit est plus fort que son humeur», et c'est sur quoi j'ai encore quelques doutes. J'ai toujours cru qu'il ferait le mieux possible jusqu'à la première contradiction. Dès qu'il en éprouvera, aucune considération ne l'arrêtera pour parvenir à en triompher, et il rompra les alliances les plus utiles pour satisfaire sa vengeance particulière. Il n'y a point à se flatter que des conseillers puissent l'éclairer, car l'ami le plus tendre, qui, par intérêt pour sa gloire, lui représenterait quelque chose contre son opinion, dès ze\ instant lui devient suspect. Ses plus sages avis ne lui paraissent plus qu'une prétention injuste contre lui, et si cet ami insiste, il ne le regarde plus que comme son ennemi. On en a plus d'un exemple. En tout, son orgueil est tel qu'il ne conçoit pas que l'on puisse soupçonner l'art qu'il emploie, quelque grossier qu'il soit. Par exemple, il croit qu'il lui suffit de dire, à propos de la grande affaire de Bretagne : « J'étais à Bannière* {sic) quand M. de La
1. Ce morceau fait partie He la même lettre que le précédent.
Cette lettre est une véritable brocliure (le quatorze pajyes.
2. La comtesse était brouillée do longue date avec son cousin d'Aiguillon. Mais elle n'est pas plus sévère pour lui que Walpolc, qui le jugeait ainsi : « P'ier, ambitieux, viadicalil", sans boinicur ni principe, avec des talents a^sez médiocres, il s'est bissé près du trône en se faisant l'instrument de la tyrannie ». — Ciioisoul fut disgracié I»' "'i .l/"-'....!,.-. 1770, et le
duc d'Aiguillon (1720-1782) le rem plaça à la guerre et aux alï'aires étrangères.
5. Son humeur : son caraclère naturel, son tempérament, qui va être expliqué et dont le fon<l osl l'orgueil.
4. Hagnères-de-Lucbon. — Le duc d'Aiguillon s'était fait détester dans son gouvernement do Bretagne : il avait eu de vifs démêlés avec. La Cbalolais, qu'il avait fait jeter en prison. Mais le soulèvement de toute la Bretagne fut tel (ju'il fallut mettre La Cbalotai» en liberté cl
LA CUMi^>>&fc UKtiMUM. V..')
ChaloUis* a été arrêté! i pour qu'on reste persuadé qu'il n'y a eu aucune part. 11 n'y a donc autre chose à faire que de prier le ciel que les idées se présentent bien à sa tête, et que son amour-propre ne se trouve point en opposition avec le bien. Alors, il pourra faire de grandes choses, nul bonime n'ayant plus de moyens de réussir à ce qu'il entreprend, tant par la fermeté de son caractère, que par l'application et la suite qu'il met aux aflaires. il paraîtra doux et facile dans ces circonstances. Hais si son t^rj^ueil est blessé de quelque manière que ce soit, tout est perdu sans ressources.