‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 411 sur 547 · I. — LA FIN DU REGNE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

I. — LA FIN DU REGNE DE LOUIS XV

A GVSTAVI III.

Q faut gronder M. le comte de Gothlana, de la manière très gaie à la vérité, mais assez libre en même temps, avec laquelle il me parle de Mme Dubarry en toutes lettres ainsi que du chancelier. Il ignore apparemment qu'on ouvre toutes celles de la poste, et que la sienne Ta été : je l'ai vu positivement au cachet, dont les armes étaient recouvertes par un peu de cire noire. Le roi saura dimanche prochain ce que M. le comte de Golhland m'a fait la grâce de me mander, et si Ton me met à la Bastille, il faudra donc que H. le comte revienne ici pour m'en faire sortir? Plaisanterie i part, je prie Votre Majesté de ne point parler de tous ces gens par la poste.... — Je fus hier à Marly, où le roi est depuis huit jours. On jouait au lansquenet, une seule

l\ COMTESSE DE LA MABCK. 541

.réjouissance* hn de 1200 louis, et toul le monde meurt de faim ! Cet esprit de vertige me rendit triste et rêveuse lo reste de la soirée. Mme Dubarry jouait à la table du roi, et entourée de la famille royale. Personne, ni à la tablo ni dans le salon, ne lui parla de la soirée, si ce n'est le roi et son neveu, le petit Dubarry. Ce courage général devrai', ouvrir les yeui du roi.

Le roi ne peut se suffire à lui-môme, et ses enfants ne lu sont d'aucune ressource. Ses tilles" ont de petites têtes!., impossible d'y rien mettre de raisonnable. N. le Dauphin montre quelques vertus sauvages, mais sans esprit, sain connaissances, sans lecture, n'en ayant pas même le goût, et dur dans ses principes comme brut dans ses actions. M. le comte de Provence* est doux, a de l'esprit, asseï d'acquit, mais il est glorieux et... je ne dirai pas le reste, de peur de déplaire à Votre Majesté. Sa femme est laide et maussade, on dit qu'ils ne s'aiment pas. M. le comte d'Artois a de l'esprit ', le désir de plaire et de rendre heureux ceux qui l'environnent. Tous ceux qui le voient l'aiment ; il grandit et est moms épais ; celui-là fait toute notre espérance, car M. le dauphin et M. le comte de Provence vraisemblablement n'auront point d'enfant.... Elle est jolie, cette daupiiine*, elle a de l'esprit, et une grâce et un agrément dans toute sa personne qui n'appartiennent qu'i elle; mais sa grande jeunesse et un peu de frivolité, apanage de son âge, la rendent inutile au roi. D'ailleurs il en a été mécontent au sujet de Mme Dubarry. Si celle-ci lombe, elle entraînera plus d'un ministre à sa suite; je supplie Voire Majesté de n'en point douter. Le reste de la tour est divisé d'esprit et de principes, et on se déchire i

1. Au lansquenet, c'est une carte •ur laquelle tous les coupeurs et les autres peuvent mettre de l'argent.

2. M— Adélaïde (1732-1800), Victoire (1755-1799), Sophie (1734- 1782), Louise (1737-1787), carmélite en 1771.

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