‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 42 sur 547 · Abbaye cistercienne dans le pays de Comminges · texte numérisé non relu

Abbaye cistercienne dans le pays de Comminges

î. La fondatrice légendaire des leux Floraux, dont l'existence est eonsidérée aujourd'hui comme plus que problém«ttique.

3 Jeanne de Segla, femme d'un ti'osoher d« France. Elle a fait des

poésies qui ont été imprimées par son fils avec ses lettres.

4. M. de Tourny, qui a fait em< beilir Bordeaux. Les travaux qu'il avait ordonnés menaçaient de masquer l'hôtel de l'Académie : elle s'y opposa et plaida longteatps contre l'inteadaal.

LE lARQUIS DE VAUVENAKGUES. M

LE MRQDIS DE VAUVENÂRGUES

LUC DE CLAPIEftS

La correspondance de Tauvenargues éclaire ses autres œuvrer, et leur donne un sens et un prix inattendus. On soupçonnerait peot-être, mais on ne connaîtrait pas certainement la qualité de c tle âme, si on lisait seulement les Discours, les Caractères et les Héflexions; et surtout on méconnaîtrait ce qu'il y a dans ces écrits de plus intéressant de plus émouvant, si on les étudiait comme les œuvres d'un moraliste, d'un sîje précoce, qui a observé d'un regard curieux les esprits des hommes et s'est fait le spectateur du monde. Vauvenargues tut autre chose. Il ne fut écrivain et peintre que par occasion, pour occuper son loisir et tromper son impatience; l'observation morale fut un moyen et non un but pour lui : il regardait le monde, comme un capitaine étudie son tcirain, pour y combattre et préparer la victoire. Vauvenargues tendait tout à l'action, et tout ce qu'il a écrit, ce qui lui a donné place parmi nos moralistes, ce sont ses désirs, ses aspirations, ses inclinations, ses dégoûts, ses haines, ses rêves de gloire et ses plans de combat : tout cela est personnel, intime; ce sont des confidences échappées dans la fièvre de l'ennui : il n'y a pour amsi dire pas là une observation désintéressée, où le plaisir de voir et de rendre la vie soit l'unique mobile de l'éai- ?ain.

La vie de Vauvenargues, si pauvre d'événements et de surprises, fut tragique, si l'on regarde les agitations secrètes de son âme. Capitaine au régiment du Roi, il donne sa démission, sollicite un emploi dans la diplomatie, et meurt à trente-deux ans, sans avoir rien fait que quelques écrits d'un talent encore inégal et peu mûr. mais ayant forcé l'amitié, l'estime et même le respect de Voltaire, ayant imposé à Marmontel la plus chaude admiration que ce médiocre littérateur ait ressentie pour on autre.

Vauvenargues a fait la dure campagne de Bohême, et la terrible retraite qui la termine si tristement : sa sinté délicate s'y est ruinée pour jamais, et dès l')rs de douloureuses infirmités l'assiègent et ne le quitteront plus. Mais ce n'est pas là ce qui lui

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fait cjuitter l'armée. Tl se sent confiné dans les emplois subslternes, et voilà ce qui le dégoûte de la carrière. Tout marquis qu'il est, il ost de médiocre naissance, sans grande alliance, sans protecteurs, il n'a pas de fortune pour acheter un régiment ou se faire des amis. 11 n'a pas l'esprit d'intrigue, le talent lie la (latleric, la science des bassesses utiles pour se pousser. 11 n'a cessé fie j)rêchcr la souplesse insinuante et liante dans les affaires : mais il voulait l'employer à faire triomplier de gi-ands intérêts, et ne la pratiquait pas en ce qui lui était exclusivement persoiHiel. 11 aurait aimé la guerre, mais, avec l'occasion d'y exercer les plus hautes qualités moi'ales, il aurait voulu les emplois qui permettent à l'esprit d'y déployer toutes ses ressources. Enfin la décadence de nos années, la ruine de la discipline, la légèreté, l'inapplication des officiers supérieurs, les désordres qu'ils toléraient dans les soldats, out ce qui éclata si honteusement dans la guerre de Sept Ans et se traduisit en désastres sans exemples pour nos armes, avaient frappé les yeux de Vauvenargues. Il donna sa démission, renonçant à l'espoir de devenir cajutaine de grenadiers.

11 était consumé d'ambition : mais c'est une ambition héroïque qui n'a rien de bas, et qui n'est que le désir de se dévouer avec éclat au bien public. 11 sentait sa valeur, et était impatient d'en donner des preuves. 11 avait étudié les hommes, il aimait leur société; ni leurs passions ni leurs vices même ne lui faisaient peur. Il aimait à traiter avec eux, à les combattre, à les faire servir à ses vues. Aussi se crut-il destiné à la diplomatie : de fait, avec cetle pénétration naturelle qu'il avait, cette éloquence séduisante dont tous ses amis étaient frappés, avec cette grandeur de cou- ''age, cette hauteur de vues, ce dévouement au bien public qui )araissent dans toutes ses paroles, je ne doute pas qu'il n'eût été avantageux à la France de compter parmi ses diplomates un homme tel que Vauvenargues. Celui-là assurément aurait eu l'activité, l'application et la volonté

Quand cet espoir de servir son pays se dissipe, quand la maladie lui interdit l'action, alors l'ambition qui bout en lui prend un autre cours, et tend à la gloire par d'autres efforts. C'est ilors que les lettres apparaissent à Vauvenargues non seulement comme une consolation de son impuissance, mais comme une promesse d'immortahté.

Vauvenargues est vraiment un héros de Corneille : il poursuit le idéal, et il est mû des mêmes reisorts. lUis il est plus

Inquiet, pins agité, plus déchiré : il se débat contre des nécessités qui l'oppriment, et qui mêlent de la pitié à notre admiration. Uien n'est plu? triste que de voir confre quelles mesquines préoccupations s'use et s'épuise ce grsnd cœur !

A cette ambition, qui est la caractéristique de son caractère, ajoutez toute la tendresse et toute la noblesse imaginables, une sages-e qui n'a rien de froid, toutes les nobles passions, fermeté, lierlé, générosité : voilà comment Vauvenar^ues se révèle dans ses lettres au marquis de Mirabeau et à Fauris de Sainl-Vincens, les deux amis de son enfance. A Voltaire, d^ins cette correspondance qui leur fait également honneur à tous les deux, il fait la conlidence de ses idées piiilosoplii(]ues et liltérnircs. Vauvenargues est de son temps : il en a les idées, accommodées à la hauteur de son âme. 11 n'est pas irrélitjioux. mais il ne croit pas : jamais l'idée d'une rie future, ou les devoirs de la créature envers son Dieu ne sont les principes de sa conduite. Il semble ne connaître d'immortalité que celle de la gloire, et les hommes, comme il l'a dit, la vie présente sont l'unique tin de ses actions. Il a secoué toute autorité, tout préjugé : sa raison seule le dirige. Même en littérature, ce qui est le plus rare en ce temps-là, il est absolument indépendant; nul respect, nulle tradition, nul pré jugé d'éducation ne contraignent son goût. Il doit sans doute celte hardiesse originale de jugement à sa faible santé qui ne lui avait pa; permis d'étudier : il ne lisait pas le grec, à peine U latin.

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