‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 434 sur 547 · Hésidence impériale à lept verstct (le Moscou · texte numérisé non relu

Hésidence impériale à lept verstct (le Moscou

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CATHERmE n. 571

de baies, et voilà que les promeneurs, allant d'étang en étang, tantôt en voiture, tantôt à pied, se trouvent à sept immenses verstes de Kolomenski à convoiter le bien de leur voisin, vieillard de soixante-dix ans et quehjue chose, qui ne se souciait aucunement ni des eaux ni des bois, ni des belles vues qui ravissaient ces promeneurs. Il passait sa vie à jouer aux ca"tes ou à pester des pertes qu'il fai- <iait ; or, prudemment et avec toute la délicatesse possible, voilà que toiAte la cour, la maîtresse à la tète, se mettent à intriguer pour tàter le terrain chei son Altesse, pour savoir s'il gagne ou perd, s'il vend sa terre, s'il en fait cas, s'il y vient souvent, s'il a besoin d'argent, qui sont ses amis, par qui le pressentir : point de complaisance, nous ne voulons point le bien d'autrui, nous achetons, mais nous refuser n'est pas à crime ; comme il vous plaira, Monsieur, nous convoitons un tantinet, mais nous pouvons nous en passer. Mes courtisans en l'air, l'un vient dire : « Il m'a refusé, il ne vend pas. — Eh bien, tant mieux! » L'autre rapporte : « Il n'a aucun besoin d'argent. — Il est heureux. » Un troisième : «U dit : je ne puis vendre, je n'ai ni héritier, ni personnej^ mon bien vient de la couronne; je le lui laisse. — Hem, hem! » Arrive un cinquième; celui-ci conta que Cantémir disait : « Ma foi, je déclare que ma terre ne sera jamais vendue qu'à la couronne. — Ah ! c'est joli ! » Voilà qu'on lui dépêche un envoyé extraordinaire pour savoir s'il aime cette terre : « l'oint du tout, dit-il, et pour preuve, c'est que je suis établi dans une autre; celle-là m'est venue de mon frère, et je n'y vais jamais; elle oe peut convenir qu'à l'impératrice. — Qu'en voulei-tous, Monsieur? dit l'envoyé en s'inclinanl. — 20 000 roubles.

— Monsieur, je suis autorisé à vous en donner 25 000. » Les commentaires sont toujours longs! Il a fallu bitir après (jue le contrat d'achat a été conclu et dans quinze jours le temps, grâce à nos bâtimens de bois, voilà qu'aujourd'hui je suis venue ra'établir ici. Ouf! quel commentaire!

— Mais ki n'est pas le nom de mon acquisition : c'est Tsaritsino-Sélo que je l'ai nommée. Ce bel endroit qui, au dire

de tout le monde, est un paradis Icrreslre, s'appelait boue, noire, Tcliernaïa Griass.

a. — VOLTAIRE.

An MÊME.

A Tsarskoé-Sélo*, ce 21 juin 1778.

Hélas! je n*ai que faire de vous détailler les regrets que j'ai sentis à la lecture de votre numéro 19. Jusque-là j'espé rais que la nouvelle de la mort de Voltaire était fausse, mais vous m'en avez donné la certitude, et tout de suite je me suis senti un mouvement de découragement universel et d'un très grand mépris pour toutes les choses de ce monde. Le mois de mai m'a été très fatal : j'ai perdu deux hommes* que je n'ai jamais vus, qui m'aimaient et que j'honorais — Voltaire et Chatam; longtemps, longtemps et peut-être jamais, surtout le premier, ne seront-ils remplacés par des égaux, et jamais par des supérieurs, et pour moi ils sont irréparablement perdus; je voudrais crier. Mais est-il possible qu'on honore et déshonore, qu'on raisonne et déraisonne aussi supérieurement quelque part que là où vous êtes? On a honoré publiquement, il v a peu de semaines, un homme qu'aujourd'hui on n'ose y enterrer*, et quel homme ! Le premier de la nation et dont ils ont à se glorifier bien et dûment. Pourquoi ne vous étes-vous point emparé, vous, de son corps, et cela en mon nom? Vous auriez dû me l'envoyer, et morgue! vous avez manqué de tête pour la première fois dans votre vie en ce moment; je vous promets bien qu'il aurait eu la tombe la plus précieuse possible; mais si je n'ai point son corps, au moins ne man-

1. Tzarskoe-Selo csl à une vingtaine (le versles ilc Saiiit-l'étorsbourg^ sur la roule do Moscou.

2. Voltaire élail iiiorl In 30 mai cl lonl Clialliam, William Pitt, le 11 rnai. I el l'y ensevelit.

3. On sait que la sépulLure cvc\èsiastiiiuo fut rol'nsée à Voilai ro, el que l'alibé Miguot lrans|)()rla le corps (le son oncle h l'abbaye de Sciliènîs qu'il avait en coinmonde,

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