‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 45 sur 547 · Le chevalier avait bM«eoapd« l'humetir des Mirabeau · texte numérisé non relu

Le chevalier avait bM«eoapd« l'humetir des Mirabeau

hommes se laissent dominer par leur tempérament, pai leur éducation et par leurs habitudes ; mais une raison égale à la force des passions les tempère et les conduit. Quel homme eut des passions plus vives, plus grandes, plus de force d'esprit, un courage plus haut que César, ou encore Alcibiade? et quel homme eut en même temps plus d'art, plus de douceur, et plus de jeu dans l'esprit? qui fut plus insinuant, plus indulgent, plus facile? Il est ridicule de citer de si grands noms; cependant ces noms-là décident. Il y a des pratiques qui se contrarient, j'en conviens; mais on emploie tour à tour celles qui sont bonnes; l'occasion et les conjonctures servent de règles là-dessus : la constance, la hardiesse, la fermeté, le courage dans lei grandes entreprises, la hauteur dans l'infortune, et, dans le commerce ordinaire, la facilité, la bonté, la vérité, k complaisance, voilà ce que je voudrais faire entrer dans un caractère. 11 est vrai que cela demande une raison éminente; il est vrai encore que les passions intéressent plus que Taction de l'esprit; car il n'y a que l'action du cœur qui puisse remuer le cœur : aussi, j'aime mieux Brutus que César; ce n'est pas pour ses vertus : César en avait de grandes; mais, dans César, c'est l'esprit qui domine, qui couvre, qui conduit, et qui sert la passion : dans Brutus, tout au contraire, l'âme se fait sentir partout, et semble marcher toute seule. Brutus m'échauffe donc, et me plaît davantage; mais César a plus de génie; pour quelqu'un qui réfléchit, ses vues sont plus longues, plus sûres, son génie plus puissant, plus facile, plus souple. Et remarquez cependant : ce Brutus qui était si haut, qui adorait l'indépendance, qui tua son bienfaiteur pour venger la liberté, qui écrivait à Cicéron avec tant de hauteur en Grèce, qui était si courageux, si fier, si ferme dans le malheur, si hardi dans ses desseins, si dédaigneux de la mort; ce même Brutus était simple, aimable et doux dans le commerce; il n'avait point l'austérité grossière des anciens Romains; il n'était ni dur ni sévère; il aimait à gagner l«s cœurs ; son âme était remplie de cette humanité si naturelle

aux grands hommes, et si rare dans les petits. Si sa main trempa dans le sang, c'est qu'il avait pris pour règle de faire, toute sa vie, ce qu'il y avait de plus grand et de meilleur ; il crut qu'il devait cette mort à la patrie, à la ▼ertu, à la gloire, à ses aïeux, aux mânes de ses amis; s'il avait pu satisfaire par son propre sang à ses devoirs, je suis persuadé qu'il l'eût fait, et qu'il eût sauvé César, aox dépens de sa propre vie; sans cela ce héros serait trop odieux, au heu qu'il faut l'adorer, et néanmoins malgré de si grandes vertus, le premier mouvement éteint, je crois que César valait mieux!

Il faut que je vous parle vrai : j'aime un homme fier et violent, pourvu qu'il ne soit point' sévère; les paroles fières, hautaines, me ravissent malgré moi : ce que dit M. le Prince au maréchal de Gassion* : qu'il saurait bien se passer d'un 9ieux caporal comme lui; le discours du sire de Giac*, au milieu de toute la cour, qu'il faudrait, s'il en était cru^ jeter l'évêque Combaret, et tet fauteurs, dans la rivière, ces paroles quoique injustes, m'entraînent avec empire; mais je ne saurais souffrir un homme dur et rigide, qui voudrait resserrer tous les hommes dans ses maximes étroites, dominer les esprits par son tempérament, et régner sur les cœurs par son austérité. Catilina me plaît mille fois plus que l'aïeul de Caton d'Utique; ce misérable censeur, qui courait la Sicile à pied, n'est pour moi qu'un homme innmiode, fâcheux, et de peu d'esprit'; j'aurais très bien <u avec Catilina, au hasard d'être poignardé, d'être brûlé lis mon lit; mais, pour Caton, il eût fallu qu'un de nous ux eût quitté Rome; jamais la même enceinte n'aurait [•u nous contenir. Le connétable de Bretagne* et celui de

t Jean de Gassion (1609-1647), vit sous GustaTe-Adolphe, se distingua à îlocroy, et fut tué au siège de /><ns.

2. Ministre de Charles VII, ennemi du coiinélable de Richement, qui le fit eondamaer i mort en M'iè.

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