QUELS SONT LES CARACTERES QUI PLAISENT A VAUVENARGUES
Ad même.
A Verdun, le 13 mars 1740.
Mon cher Mirabeau, vous recevrez aujourd'hui ma réponse au sujet du chevalier*; vous verrez comme je pense qu'il serait bien avec nous tout l'été, et l'hiver, à l'Académie»; j'exagère peut-être un peu l'avantage de cette idée, dans la première chaleur; vous en retrancherez ce qu'il y aura de trop.
Mes yeui sont un peu soulagés; je vais donc reprendre ma lettre, et me justifier sur les sermons que je fais au petit chevaher. Il me semble que vous avez peur que je ne combatte en lui la force et la fermeté* : Dieu me garde de cela ! J'honore trop ces vertus, mais je ne sens pas bien ^u'eHes aient de liaison avec la sécheresse et avec la rudesse; voilà les vices que j'attaque, la raideur de l'esprit, la dureté des manières, et nullement la hauteur, la force, la véhémence. Vous dites qu'on ne peut pas tout avoir : il semble que vous croyiez que l'adresse et la douceur soient incompatibles avec le reste. Il est vrai que ces quahtés se trouvent rarement ensemble, parce que la plupart des
1. Louis-Alexandre, chevalier de Mirabeau, frère du marquis (1724- 1761), entra à treiie aos au régiment du Roi. Il fut dans la suite grand chambellan et conseiller priTé du margrave de Baireuth.
t. Les académies étaient des éta-
blissements où les jeunes gentibhommes allaient apprendre l'équitation, l'escrime, la danse, les exercices du corps et les belles manières.