‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 451 sur 547 · EXHORTATION A APPRENDRE LE GREC · texte numérisé non relu

EXHORTATION A APPRENDRE LE GREC

Ao MÊME.

Ce 8 octobre 1780.

Je vous fais mon compliment sincère, mon ami, sur un don du ciel que je ne vous connaissais pas. Vous avez une belle mémoire! C'est un grand bonheur. Rien n'est plus utile pour nous et pour les autres. Elle est de première nécessité dans les affaires, et c'est un trésor pour la vieillesse de ceux qui aiment les lettres comme vous. La mémoire est la clef des langues. Si vous me permettez encore de vous donner un conseil, je vous inviterai à apprendre la langue grecque, à vos heures perdues. Je suis aujourd'hui au désespoir de l'avoir abandonnée en sortant du collèf(o où je la bégayais. Je donnerais toute chose au monde pour qu'elle me fût aussi familière que le latin. Virgile, Horace et Ovide font tout l'amusement de mes vieux jours; et j'enrage tout vif de ne pouvoir lire Homère, les {ragiques grecs et Démosthène que dans les traductions. C'est siireinciit la plus belle des langues et la plus négligée de ce siècle-ci. Ce n'est pas la nier à boire; ce n'est rien quand on a de la mémoire et des principes de grammaire et de syntaxe. Vous en viendrez aisément à bout. Mais je joins à ce conseil un antre avis : c'est, si vous siiivei. le premier, de vous donner bien de garde que des gens d'affaires sachent que vous faites cette folie là, folie à leurs yeux. Les linanciers et tous les forlunicrs^ jngent un

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