Mol forgé par Collé
CHARLES COLLf. :»s:>
lioiiiiiic incapable d'affaires quand le malheureui i l'iin prudence de montrer du goût pour les lettres.
Au reste, mon ami, si vous déférez à ce mien conseil. TOUS direz un jour, vous qui avez de la mémoire : c'est un ignorant qui m'a persuadé d'apprendre le grec, et vous nir nommerez. Si je ne suis pas savant, je n'en accuse que ma mémoire et non ma volonté. J'ai toujours été de l'avis df La Fontaine :
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
Défigurez, mon cher fils, vos lettres par des ratures plutôt que de faire des brouillons de lettres pour moi. Je ne vous passe point cet amour-propre, ni la plus légère prétention à l'esprit. Je vous passerais plutôt d'être bête tout bonnement. Dans les lettres, ainsi que dans toutes les actions de votre vie, soyez toujours ce que vous êtes, vous ferez bien. Faites des efforts pour être plus, vous serez moins. Soyei simplr, uni, naïf coiiiim' \tt\i< r«''fps; vous plairo/. K.tul y iiM-lier.
Un homme né rfi;iui m i" i^- i"i -m. . :. i .1 .:,' ..•'.
Iil Mniioau.
r,tî n'est que l'air d'autrui qui peut déplaire en nous.
Vous flattez-vous, mon petit finaud, qu'avant de nous Tavouer ingénument, ma femme et moi nous ne nous fussions pas aperçus, il y a plusieurs années, de vos apprêts de style et de vos menues prétentions? Nous disions »ouvent : « Voilà notre cher jeune homme qui veut faire de l'esprit; voilà une tournure de phrase qui lui a coûté; il l'a bien cherchée, celle-là ! i et nous riions de vos tâcheriet^ au beau style. Tâcherie n'est pas français ; c'est un barba nsme que ce mot, mais pourquoi se gêner avec ses amis? !<' vous donne l'ejemple avec les préceptes, moi !
Oui, mon ann, vous avez un bon esprit. Tenez-vous-y :