MADAME SUARD
Maoemoisells Panckodoul 1750-1830
Mme Suard eut après son mariage (antérieur i 1771) un des sa Ions les plus fré(iuentés de Paris. Sa grâce «imable et It conversation spirituelle de son mari mirent leur maison à la mode. Les encyclopédistes s'y donnaient rendez-vous : Voltaire y était adoré. Ce fut un véritable pèlerinage pour Mme Suard que le voyage qu'elle fit àFerney en 1775. On n'imagine pas l'attendrissement, le respect, la dévotion avec lequel cette jeune femme de vingt-cinq ans approche de Voltaire. Elle en est reçue admirablement : c'est que de tout son maintien, de toutes ses paroles s'échappe une ardeur d'admiration, qui chatouille agréablement l'amour-propre délicat du patriarche. Elle le voit k traterssa propre passion : ici comme toujours la foi transfigure son objet, et ce grand ricaneur qui passa sa vie à se moquer de tout et de tout le monde, devient dans le portrait qu'elle en trace, un patriarche attendri, doux et bon. C'est le Voltaire des àines sensibles, accommodé malgré lui au goût du jour, et tel qu'on aïait besoin qu'il fût sous Louis XYI pour justifier l'enthousiasme et l'idolâtrie.
Ces lettres de Mme Suard complètent l'impression des lettres de Mme Roland : ici c'est l'apothéose de Voltaire, et là celle de Rousseau; mais, dans les deux document», c'est le môme culte, la même passion. En voyant k quel ton sont montées les ftmes de deux jeunes bourgeoises, aux environs de 1780, on comprend mieux cette Révolution dont le brusque éclat troubla bientôt après la paix aiiii;ible de la société fraiiciiise.
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