‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 477 sur 547 · Cf. p · texte numérisé non relu

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612 LETTRES DU DlX-IllHTll-lME SIECLE.

ouvriers. On ne peut se faire idée de la lenteur et de l'inertie qu(! les gens les pins aclil'scontraclent ici ^ l'exemple des naturels du pays. D'ailleurs les ouvriers sont rare^- : il n'y en a pas de bons ; le temps du travail est court ; la journée commence et finit à six heures : dans les douze heures, il y a environ deux heures pour le déjeuner (i environ cinq heures pour le dîner el le goûter; en sorte qu'on peut h peine compter sur cinq heures d'ouvrage, etcescin(:)| heureslà n'en valent pas trois des ouvriers de France. Je radoube quelques vieilles embarcations et j'en fais de nouvelles avec des bois du pays, faute de mieux; car, en arrivant, je n'ai pas trouvé un canot en étal de nager*, et j'ai été forcé d'emprunter les quatre premiers avirons dont je me suis servi. Je travaille aux affûts et aux plates-formes, où il n'y a pas un morceau de bois qui ne soit pourri. Je fais réparer et faire les lits et les fournitures des casernes, dont le délabrement m'a fait venir les larmes aux yeux à mon arrivée; je fais remanier toutes les cloisons, tous les murs, toutes les toitures de l'hôpital pour le mettre en étal de recevoir la foule des malades qui doit y entrer dans la mauvaise saison. Je lîuis en même temps obligé de faire quelques réparations urgentes à ce qu'on appelle mon gouvernement : c'est la plus pauvre, la plus sale et la plus dégradée de toutes les masures. Je ne parle pas des fortifications, et je ne m'en occupe pas encore; elles sont dans un tel état, qu'elles seraient nulles quand même elles seraient bonnes, et elles sont tellement mauvaises qu'elles seraient nulles quand même elles seraient en état. Mais c'est ici la chose la moins nécessaire; des trois grands fléaux, celui qui aura le plus de peine à nous approcher, c'est la guerre; aussi d'ici à longtemps, je ne songerai à éloigner que la peste et la famine. L'une et l'autre sont plus près qu'on ne pense : la mauvaise farine que nous mangeons fait que nous avons beaucoup plus de malades qu'on n'en a ordinaii'oinent sur pareil nombre d'hommes,

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