‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 478 sur 547 · BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

à pareille époque, et cette mauvaise farine, notre uniqim ressource, nous n'en avons plus que pour trois mois; il est vrai que la Compagnie attend des vaisseaux, mais elle les attend depuis si longtemps que je tremble qu'ils n'arrivent point. C'est bien là le cas de dire : On désespère, aloi > qu'on espère toujours. Je vais rassembler, aux frais de l:i 6)mpagnie*, tout ce que je trouverai dans les différentes maisons de commerce, i quelque prix que ce soit; ce sera un petit objet; mais si la denrée est bonne, elle servira pour le pain de l'hôpital. D'ici à quelque temps, je ferai peut-être donner à la troupe trois rations par semaine en mil : c'est la nourriture du pays et la plus saine de toutes; mais je ne m'y porterai qu'à la dernière extrémité, parce que cette opération, très-bonne en elle-même, serait en même temps très alarmante, et je crois que le mieux en pareille circonstance est de s'inquiéter pour tout le monde et de n'inquiéter personne. Je sens que je m'attriste en parlant de notre misère, et par conséquent que je vous ennuie; pardonnez-le-moi, mon cher oncle, et consoleivous en pensant que v*»n5 m'aideret à consoler beaucoup de malheureux.

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