TABLEAUX ET PAYSAGES
A SON FRÈRK*.
En attendant qu'on vous rende justice, occupez-Tous. Li travail est un don du ciel, il bannit l'inquiétude, fixe nos idées et apporte toujours à sa suite quelques heureux fruits. Tout est bon pour s'occuper, consultez seulement votre inclination ; on fait toujours bien ce qu'on fait avec plaisir. Amusez-vous à réformer votre écriture, à vous rappeler le latin, ou à apprendre quelque langue étrangère. Cultivez le dessin. J'ai vu autrefois de vous une carte joliment dessinée. Ces exercices pourront un jour vous être utiles. Les petits talens servent plus à la fortune que les grandes vertus.
Si vous voulez les étendre à votre partie, représentez sur le papier ces grands mornes* de Saint-Domingue hérissés de pitons, entrecoupés d'affreuses ravines, ces marais où croissent des roseaux grands comme des arbres, ces paysages américains' inconnus à nos artistes; amusez- vous à les fortifier et à les défendre avec un peu de monde. Faites un roman militaire, ceux de la morale ont quelquefois servi à réformer de grandes sociétés.
Si le crayon se refuse à votre imagination, prenez la plume; le tableau représenté à l'âme est fincore supérieur à celui qui ne parle qu'aux yeux. On admirera toujours les vivantes et immortelles peintures d'Homère et de Virgile. Dans le lieu où vous êtes, Voltaire tU une partie de la ; Henriade.
Ce n'est pas que je vous conseille défaire des vers si vous
1. Ce frère, nommé Dulailly, avait ôlé au service des Étals Unis ; jltîlaità la Bastille depuis plusieurs mois, accusé d'avoir voulu livrer la Géorfjie aux Anglais. Selon IJeniardin «le Saint-Pierre, ,1a lellrc qui contenait cette proposilion u'étâil
pas sérieuse, et Dulailly n'y avait vu ([u'un moyen ingénieux d'écliappei' aux corsaires anglais en les trompant.