I. ~ L'AMOUR AU THÉÂTRE
À MoHsiECR Delbtrk*.
Versailles, 25 mars 1775.
Tout le monde me gronde ici, mon cher ;imi, du genre terrible que j'ai adopté 2. On me reproche déjà le choix du
1. Alexandre Doloyro (172r)-1797} fut aussi l'ami ilc J.-J. Housse;iii.
il a laiss('; '|ufi](|iie.s ouvrages pliiloi-oiiliicujcs, et fut mcirilire de la
Convention, puis du Conseil des Anciens.
2. 11 avait l'ail jouer déjà Hamlet (17t)<)) Cl Rotm-o et Juliatle (1772).
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suj. . .: .;!hUIi* (omine une chose atroce. M. Duris, me f\ïl'On*t suspendez quelque temps ces tableaux- épouvantables ; vous les reprendrez quand vous voudrez : mais donnez-nous une pièce fendre, dans le goût d' « Inès* », de « Za'ire)), une pièce qui fasse couler doucement nos larmes, qui vous concilie enfin les femmes, cette belle ynoiiié de votre auditoire qui entraîne toujours l'autre.
(Jii'en dites-vous? me laisserai-je aller à ce conseil. Mais il tant un siijel qui me tent<% qui parle bien aux dévrloppeniens d'un cœur amoureux, an (lux et aux loflu d«' celte pîiisiou douce et terrible. Ce genre de tableau demande les pinceaux de Racine. Eh, que je suis loin de ce grand écri- Tain ! Il faudrait pour me soutenir, de l'extraordinaire dans les situations».
n me semble que je ne manquerais ni de chaleur, ni de vérité; mais il y a, dans cette passion, une certaine délicatesse fine qui m'échappe, peut-être parce qu'il m'a toujours été impossible de tromper une femme, cl que toutes ces ruses d'amour ne me sont pas seulement venues dans l'idée. Je n'ai su qu'aimer et me donner sans réserve. Mais enfin il y a des sujets qui portent leur succès en euxmêmes; et voilà ce que je cherche, pour mettre quatre succès au théâtre à la suite l'un de l'autre, si j'ai le bonheur que mon Œdipe réussisse*.
J'aime à vous voir passer de Plutarque à Corneille, et surtout descendre à cette pauvre Ariane», abandoimée par un ingrat. Vous voyez que je pense comme vous. Personne n'approche de cette pureté élégante et soutenue de Racine, mais il y a dans ce rôle admirable d'Ariane, où toute la passion de l'amour est rassemblée, un fond de tendresse, d'abandon d'ûme, d'ivresse et de désespoir qu'on ne trouve