‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 499 sur 547 · LA MAISON DE CORNEILLE ET LE GRENIER DE DUCIS · texte numérisé non relu

LA MAISON DE CORNEILLE ET LE GRENIER DE DUCIS

A MOMSIEOR LlMUaBR^

Versailles, 30 avril 1808.

Mon cher Nepomucène, comme vous pouvei venir d'un instant h l'autre dans votre cellule de la rue des Bourdonnais, je ne dois point vous laisser exposé au danger d'y faire une visite sans y trouver le révérend père Jean-François* votre gardien. Ainsi, je vous préviens, mon cher ami, que, le 6 du mois prochain, je pars avec ma sœur pour Paris. Nous y prendrons le lendemain matin ensemble la diligence de Rouen, où nous arriverons le mèrae jour pour le mariage de mon neveu Auguste.

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ti"4 LETTRES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

Nous resterons à Rouen tout au plus une douzame de jours. Je ne connais pas Rouen, mais certainement j'irai | yoir la maison où sont nés Pierre et Thomas Corneille, et où ils ont vécu célèbres et sans bruit, avec leurs deux femmes qui étaient les deux sœurs, et leurs petits marmots que j'ai peints dans mon épître des Bonnes Femmes ou le Ménage des dtux Corneille. Il me semble, à force de les aimer, que je suis un peu de leur famille. Ah! comme toutes ces pauvres maisons bourgeoises rient à mon cœur ! Je n'étais appelé ni à l'éclat ni à la fortune, qui n'a jamais pu rien faire de moi, mauvais sujet* vrai nigaud, pauvre imbécile !

Je me rappelle avec plaisir votre dernière apparition, avec Talma*, dans mon grand cabinet, qui ressemble à peu près à un vaste grenier : grenier bien cher aux muses, au repos, à l'innocence, et où volent quelquefois d'heureux hémistiches, qu'on attrape comme des mouches, et qu'on fait entrer gaîment dans ses bagatelles fugitives, dans nos rêveries, voire même dans la tragédie et dans l'épopée ! Vous entendez ce langage, frère Népomucène, parce que vous êtes du couvent.

Je ne compte pas beaucoup sur la visite de Talma. Il est perdu dans ce brillant et rapide tourbillon du monde, il n'en sort que par le génie sur la scène tragique, ou par quelques courts momens dans ses repos avec l'amitié. Car ▼oiU ce qui soutient dans le vide. Pauvres hommes, avec leur gloire!

A propos de joujoux, j'ai encore dans la tête des formes, (l(js couleurs, des idées poétiques, originales, bizarres, flottantes, qui sont comme les rats de mon grenier, et les grains qui nous nourrissent Mais, si Talma m'échappe, vous n'oublierez pas, vous, Jean-Népomucène, la route silencieuse (le; votre ermitage. Je ne l'ai point gâté par le moindre luxe.

1. François-Joseph Talma (17fi3- IS'iO), un fies plus grands IrajïO- (lienfl français; ce fnl le preuiier <|iii parut sur la scène, dans le rôle

de Cinna, en costume romain, /flirf coinvii; uuc sUiluc, ainsi i\ne lui disait naïvement une de ses camarades.

Il vous appelle par son calme et sa simplicité, et par la

voix do votre vieil et fidrle ami.

GABRIKL-IIOORK DE RIQIETTI 1740-1791

Les lettres de Mirabeau nous font assister au développement fie son prodigieux caractère à travers les fautes, les aventures et los malheurs de sa jeunesse. Pied-bot, couturé de petite vérole, laid à faire peur, et, q»uand il voulait, faisant oublier sa laideur à force de grâce aimable et d'esprit, il étonna son père dès son enfance par sa facilité, sa mémoire et son intelligence. Il le blessa aussi par les premières manifestations de son humeur fantasque et fougueuse, qui correspondait trop à la propre nature du marquis pour en être supportée. Aussi l'envoya-t-il.pour le dompter, dans une maison où l'on recevait les enfants indisciplinés, chez l'abbé Choquard. C'était la première application du système qui devait si peu réussir. Le marquis ne comprit jamais, malgré les ivertissements du bailli, qu'un tel caractère ne pourrait pas ' 're réduit par la violence, mais qu'on en obtiendrait tout par douceur, par sentiment et par persuasion. A peine Miralix^au fut-il sort) de pension, que l'hostilité entre ce père être til» écril«^ment iiilli'.tibles, hautains et empottés, conune/iça à se marquer par des scandales publics. C'est d'abord une lettre de cachet qui l'enferme à l'île de Rhé, pour avoir fait des dettes et mené une intrigue d'amour, étant sous-lieutenant à Saintes. Déli\Té. Mirabeau fait la campagne de Corse : au retour son père le marie. Mais il

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