Pays de l'Ile de France, dont le chef-lieu est Dourdan
'5. Il était enlermé au donjon de Vincennes, où il resta de 1777 à 1780.
i. « La voilà, disait Mirabeau au »ujet de la présente lettre, la voilû celle lellrcqui m'a coulé um; mauvaise nuit, mais aucune prine, car le souvenir d'un père attendrit toujours et je l'ai faite sans brouillon.
(Jue mon cœur est soulagé depuis que je l'ai écrite. »
IhilhiS DU DI\-llllIilÈME SIÈCLE.
ont donnés. Jo n'ai pas le droit de vous dire : effarez de votre mémoire les trop nombreuses erreurs dont j'espèrt^ pourtant avoir expié une grande partie, par tant d'années d'une continuelle infortune, et de la plus teriible captivité. Ce n'est point assez, je le sens, et pour obtenir de vou» celle grâce, il faudrait, s'il était possible, réparer; mais mon père, cela l'est-il dans la situation où je suis? et m'ôterez-vous jusqu'à l'espoir de rentrer, du moins, dans une partie des droits que la nature m'avait donnés sur votre cœur, et dans la fonction douce et sacrée de remplir les devoirs qu'elle m'impose envers vous? Mon père, je suis loin de vouloir m'excuser ; je vous écris, au contraire, avec la conscience d'un coupable qui s'accuse, et demande grâce à son juge. Ne me la refusez pas, au fond de votre âme, et souffrez que je le dise, vous ne le deve^ pas; car quelle qu'ait été l'expression de mon ressentiment*, ce crime-là même m'a donné des droits sur votre générosité, des droits à votre pardon, puisqu'il a rendu mon offense précisément personnelle à vous; mais, je jure dans toute la sincérité de mon cœur, de ce cœur qui n'est pas dépravé, que les rigueurs, que j'ai mal interprétées, sans doute, et dont j'ai cru avoir à me plaindre, n'en ont jamais chassé les senlimens de tendresse et de respect que je vous dois; et que je n'ai point pensé, comme vous avez paru le croire, ni à plaider contre vous, ni à me rendre partie dans le funeste procès qui a divisé et mutilé ma famille*.
Mon père, vous dites et vous croyez que je suis un fol. Si je le suis, j'ai droit du moins à votre commisération, ot ma situation est bien cruelle : mais je ne ne le suis pas, quoique j'aie été capable des plus grandes folies. Deux ans
1. Miralicaii, dan? ses lellies cl dans ses iTK'îinoires, n'iivailpas méiia^'é son pèr'-. « Mou yin'c. ost mon bourreau, ('•ciivail-il au lieuleuMut de police. Il a commencé par vouloir lu'asservir, et, ne pouvant y réussir, il a mieux aimé me brisiiP que de me laisser croître auprès
de lui, de pcnv que je n'élevasse ma tètc,t.uidisi(|ue les années Inissent la sienne. » Il s'accusait incine d'avoir inlérèt à le perséculer.
2. Le inar(]uis, qui |>]aidait contre sa feuune, attribuait à son (ils certains mémoires en laveur de celle-ci.
LE COMTE DE MIRABEAU. l'i >
(i solitude m'ont permis de scruter mon cœur. Il est bon, mais fougueux ; mon esprit lui-même est mélangé de bien comme de mai. C'est mon imagination trop bouillante', trop impétueuse, et trop mobile qui a fait mes erreurs, et mes fautes, et mes maux. Celte imagination est amortie et brisée. Le vieil homme n'est plus, et le vieil homme serait encore, qu'un bienfait tel que celui qui me rendrait votre viir et mon existence l'enchaînerait à jamais à vous.
Mon père, vous ne me croyez pas méchant : si je l'étais, je pourrais vous dire • on n'a pas le droit de rendre malheureux ceux qu'on ne peut rendre bons; mais, grâces au ciel, je ne le suis pas. Je vous promets, je vous jure que mon désir le plus ardent est de réparer les chagrins que je vous ai causés, et de n'en jamais augmenter la mesure. Si j'enfreins ce serment, je n'aurai pas le moindre titre à l'indulgence de qui que ce soit; et vous aurei assurément le droit irrévocable de frapper sans retour. Si vous ne me croyez pas le plus pervers et le plus insensé des hommes, vous pouvez donc être convaincu de la sincérité de cet aveu de mes torts et de mes résolutions. Consultez votre cœur, mon père, et daignez, ah ! daignez me dire, s'il vous dicte encore la proscription de votre fils*