SOLLICITATION
k M. Amelot*.
A Arras, le 14 janvier 1744.
Monseigneur.
Je suis sensiblement touché que la lettre que j'ai eu honneur de vous écrire, et celle que j'ai pris la liberté de TOUS adresser pour le Uoi, n'aient pas pu attirer votre atten- '•nn. Il n'est pas surprenant, peut-être, qu'un ministre si ipé ne trouve pas le temps d'examiner de telles lettres : mais. Monseigneur, me permettrez-vous de vous dire que c'est cette impossibilité morale où se trouve un gentilhomme, qui n'a que du zèle, de parvenir jusqu'à son maître, qui fait le découragement que l'on remarque parmi la noblesse des provinces, et qui éteint toute émulation?
J'ai passé, Monseigneur, toute ma jeunesse loin des distractions du monde, pour tâcher de me rendre capable des emplois où j'ai cru que mon caractère m'appelait, et j'osais penser qu'une volonté si laborieuse me mettrait, du moins, au niveau de ceux qui attendent toute leur fortune de leurs intrigues et de leurs plaisirs. Je suis pénétré. Monseigneur, qu'une ccnfiance que j'avais principalement fondée sur
1. Ministre des affaires élran- i recommanda Vauvenarfuet , qtii gères. Voltaire U eonnaiitait é( lai ] voulait un emploi dans la diplomatie.
7Î LETTRFS oU niX-UUITltlME SIÈCLE.
l'amour de mon devoir, se irouvr entièrement déçue. Ma santé ne me permellanl plus de continuer mes services à la guerre, je viens d'écrire à M. le duc de Biron», pour le prier de nommer à mon emploi. Je n'aipu,diins une situation si malheureuse, me refuser de vous laire connaître mon désespoir : pardonnez-moi. Monseigneur, s'il me dicte quelque expression qui ne soit pas assez mesurée. Je suii avec le plus profond respect', etc....
VOLTAIRE'