‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 535 sur 547 · Jjcquc» de FIcssclles, oè eo 17il · texte numérisé non relu

Jjcquc» de FIcssclles, oè eo 17il

magasin. J'y suis descendu, sous le dôme, au risque d'é» touffer. J'y ai vu, à ce qu'il m'a semblé, au moins cent mille fusils. J'en prends un tout neuf, armé d'une baïonnette, et deux pistolets.' C'était le mardi : tout le matin se passa à s'armer. A peine a-t-on des armes, qu'on va à la Bastille. Le gouverneur'*, surpris de voir tout d'un coup dans Paris cent mille fusils armés de baïonnettes, et ne sachant point si ces armes étaient tombées du ciel, devait être fort embarrassé. On tiraille une heure ou deux, on arquebuse ceux qui se montrent sur les tours; le gouverneur, le comte de Launay, amène pavillon ; il baisse le pont-levis, on se précipite; mais il lève aussitôt et tire à mitraille. Alors, le canon des gardes-françaises fait une brèche. Bourgeois, soldats, chacun se précipite. Un graveur monte le premier, on le jette en bas et on lui casse les jambes. Un garde-française plus heureux le suit, saisit la mèche d'un canonnier, se défend et la place est emportée d'assaut dans une demi-heure. J'étais accouru au premier coup de canon, mais la Bastille était déjà prise, en deux heures cl demie, chose qui tient du prodige. La Bastille" aurait pu tenir six mois, si quelque chose pouvait tenir contre l'impétuosité française ; la Bastille prise par des bourgeois et des soldats sans aucun chef, sans un seul officier! Le même garde-française qui avait monté à Tassaut le premier, poursuit M. de Launay, le prend par les cheveux et le fait prisonnier. On l'emmène à l'Hôtel-de- Ville, on l'assomme sur le chemin. 11 était expirant des coups reçus, on l'achève à la Grève, et un bouclier lui coupe la tête. On la porte au bout d'une pique, et on donne sa croix de Sainl-Ix)uis au garde-française; dans le même temps, on arrêle un courrier, on lui trouve dans ses bas une lettre pour le prévôt des marchands; on le conduit à la Ville. Dès le lundi matin, on arrêtait tous les courriers; un portait toutes les lettres à la Ville ; celles adressées au

f . r,n comte Jourdnn dn Launùy. 1 sous Clinrles VI de 150!) ù iriS."), Co 2. La Bastille avait Ole cousti'UiU | n'i'i.ul plus ^iirTc qu'un svmliole

CAMILLE DtSÏOULIÎÏS.

1 i, à 1« Reine et aux minisires, on les dc'cachetait et on en faisait lecture publique. On lu! une lettre adressée à M. rte Flesselles; on lui disait d'amuser ainsi quelques jours les Parisiens. H ne put se défendre; le peuple l'anacha de son siège et l'entraîna hors de la salle où il présida»! l'Asseinblée; et à peine a-t-il descendu l'escalier de l'HAtel-de- Ville, qu'un jeune homme lui appuie son pistolet et lui brûle la cervelle; on crie : Bravo! On lui coupe la tête qu'on met sur une pique, et j'ai vu de même sur une pique son cœur, qu'on a promené dans tout Paris*; l'après-midi, on pendit le reste de la garnison pris les armes à la main ; on les accrochait au réverbère de la Grève. On cria grâce pour quelques-uns et pour tous les invalides. Il y eut aussi quatre ou cinq voleurs pris sur le fait et pendus sur la minute, ce qui consterna les filous, au point qu'on les dit tous décampés. Monsieur le lieutenant de police*, épouvanté de la fin tragique du prévôt, envoya sa démission à l'IJôteWe- Ville. Les oppresseurs voulaient s'enfuir tous de Paris; mais il y a eu toujours sur pied, depuis lundi soir, une patrouille de cinquante mille hommes. On n'a laissé sortir pei*sonne de la capitale. Toutes les barrières ont été brûlées, et tous les commis" sont en déroute, comme bien vous le pense». Les suisses, gardes du trésor royal, ont mis bas les armes On y a trouvé vingt-quatre millions dont la ville de Paris s'est emparée. Après le coup de main qui venait d'emporter la Bastille, on crut que les troupes campées autour de Paris* pourraient bien y entrer, et personne ne se coucha. Cette nuit, toutes les rues étaient éclairées; on jeta dans les rues des chaises, des tables, des tonneaux, des morceaux d« Ifrès, des voitures pour les barricader et casser les j < ■ des chevaux. 11 y eut cette nuit soixante-dix mille hc; sous les armes. Les gardes-françaises faisaient patrouilh*

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