La SouveU* Héloise de Roa** Mao
APPENDICE
admirable. Ce délicieux ouvrage n'est tel que par des beauté» étrangères, pour ainsi dire, à sa nature, et que leur excellence seule a pu ne pas faire trouver déplacées. Aussi Rousseau, tout le premier, a-t-il avoué Richardson comuie son maître. Aucun peuple ne présente un roman capable de soutenir la comparaison avec Clarisse * : c'est le chef-d'œuvre du genre, le modèle et le désespoir de tout imitateur. Nos Pyguiées, avec leur compas, viendront disserter sur ses proportions et lui reprocher des longueurs ; mais eux-mêmes tombent à ses genoux et avouent ne rien connaître d'aussi beau. Cependant la foule de DOS romai.s est infiniment plus inférieure aux romans anglais du second ordre que Julie ne diflFère de perfection avec Clarisse, Si les Anglais n'étaient pas aussi braves, aussi sages, aussi bons politiques, aussi profonds philosophes, je dirais que ce «ont les romanciers de l'Europe. Ils abondent en ce genre, et leurs romans portent l'empreinte d'une sensibilité exquise, d'une grande connaissance du cœur humain, d'une mélancolie ioucliante. Fielding^ et plusieurs auties, même des lemmes*, se sont monti^és dans la carrière avec honneur et avec succès.
Au reste n'imaginez pas qu'une teinte de consomption me fasse pencher pour les Anglais, à qui nos agréables re|Moclient des couleurs trop sombies; si je m'attendris avec dt:lices, je m'égaie avec transport; et quiconque aura été témom de la joie franche, des ris bruyants pl de l'espèce de délire auquel les Anglais s'abandonnent à leur théâtre, conviendra que la même dose de sensibilité rend également susceptible des passions les plus graves et des affections les plus douces, des tableaux les plus fiers ei des images les plus riantes.
Cependant je ne fais qu'entrevoir les beautés de la langue anglaise, et si je n'avais été aidée par les traductions, je ne pourrais parler de beaucoup des auteurs qui l'ont employée. J ai appris l'anglais sans maître; je l'ai entendu parler à Londres un mois seulement*; il me faudrait maintenant étudier sa poésie....