‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 61 sur 547 · VOLTAIRE ET SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET SHAKESPEARE

A MoMsiBDR l'abbC Desfontaiiies '.

A Cirey, le 14 novembre 1735.

Si l'amitié vous a dicté, Monsieur, ce que j'ai lu dans la feuille trente-quatrième que vous m'avez envoyée, mon cœur en est bien plus touché que mon amour-propre n'avait été blessé des feuilles précédentes. Je ne me plaignais pas de vous comme d'un critique, mais comme d'un ami*, carmes ouvrages méritent beaucoup de censure;

(1719), vivait à Rome : il mourut en 1752. Voltaire l'avait appelé (au 1. VIII Je son Charles XII) € puissant génie qui a gouverné l'Espagne assez longtemps pour sa gloire, et trop peu pour la grandeixr de cet Eut •.

t. H. de Chauvelin était alor»

l'homme de r.oatiauce du cardinal ae Fleury. Il fut renvoyé et exilé «a 1737.

■2. li 1 appelle l'ollion à cause de la protection qu'il donnait à Thie-

riot et i d'autres hommes ëe lettres.

5. L'abbé Desfoataine« (ir)85- 1745) devint bientôt l'un des plus ardents ennemis de Voltaire. Leuis scandaleux démêlés ne firent hon< ncur ni à l'un, qui fut convaincu d'infinitilnde, ni h l'autre, qui oublia toute dignité. Cf. p. 191, n. 2,

4. La tragédie de la Mort dt César avait été publiée malgré Voltaire : il craignait d'être inquiété pour avoir rendu sympa-

îTiais moi, je ne méritais pas la perle de votre amitié. Vous jivez dû juger, à l'amertume ayec laquelle je m'étais plaint à vous-même, combien vos procédés m'avaient affligé; et vous avez vu, par mon silence sur tous les autres critiques, à quel point j'y suis sensible. J'avais envoyé à Paris, à plusieurs personnes, la dernière scène, traduite de Shakspeare, dont j'avais retranché quelque chose pour la représentation d'Iiarcourt*, et que l'on a encore beaucoup tronquée dans l'impression. Cette scène était accompagnée de quelque* réflexions sur vos critiques. Je ne sais si mes amis le& feront imprimer ou non , mais je sais que, quoique ces réflexions aient été faites dans la chaleur de mon ressentiment, elles n'en étaient pas moins modérées. Je crois que M. l'abbé Assehn les a, il peut vous les montrer, mais il faut regarder tout cela comme non avenu.

n importe peu au public que la Mort de César soit une bonne ou une méchante pièce ; mais il me semble que les amateurs des lettres auraient été bien aises de voir quelques dissertations instructives sur cette espèce de tragédie qui est si étrangère à notre théâtre*. Vous en avez parlé et jugé comme si elle avait été destinée aux comédiens français. Je ne crois pas que vous ayez voulu, en cela, flatter l'envie et la malignité de ceux qui travaillent dans ce genre; je crois plutôt que, rempli de l'idée de notre théâtre, vous m'avez jugé sur les modèles que vous connaissez. Je suis persuadé que vous auriez rendu un service aux belleslettres, si, au lieu de parler en peu de mots de cette tragédie comme d'une pièce ordinaire, vous aviez saisi l'occasion d'exanimer le théâtre anglais et môme le théâtre d'Italie, dont elle peut donner quelque idée. La dernière scène et

Ihiquo un réjficide. Il pria Desfontaiues de lui venir en aide dans ion journal; celui-ci déclara la pièce contraire aux honiios mœurs, el dit que l'action de Brutus était d'un qiinkei" : mot qui réveillait l'allaire des Lettres anglaises.

1. liahlié Asselin avait demandé à Voltaire sa irapédie pour \t faire rcprnsenlcr par les élèves Hu collège d'IIarcourt : cette représentation eut lieu le 11 août 1735.

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