SATISFACTION INQUIETE
A Madame Denis*.
A Potsdam, le 13 octobre 1750
Nous voilà dans la retraite de Potsdam ; le tumulte des fêtes est passé, mon âme en est plus à son aise. Je ne suis pas fâché de me trouver auprès d'un roi qui n'a ni cour ni conseil. 11 est vrai que Potsdam est habité par des moustaches et des bonnets de grenadier; mais. Dieu merci, je ne les vois point. Je me suis retranché les dîners du roi; il y a trop de généraux et de princes. Je ne pouvais m'accoutumer à être toujours vis-à-vis d'un roi en cérémonie, et à parler en public. Je soupe avec lui en plus petite compagnie. Le souper est plus court, plus gai et plus sain. Je mourrais au bout de trois mois de chagrin et d'indigestion, s'il fallait dîner tous les jours avec un roi en pubhc.
On m'a cédé, ma chère enfant, en bonne forme, au roi de Prusse*. Mon mariage est donc fait; sera-t-il heureux?